Burundi : deux experts indépendants de l’ONU appellent à la suspension de la privatisation de la filière café

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Deux experts indépendants de l’ONU ont appelé jeudi à la suspension du programme de privatisation de la filière café burundaise encouragée par la Banque mondiale, en attendant la conclusion d’une étude d’impact de la réforme sur les droits humains.

Pour Olivier de Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, et Cephas Lumina, l'expert Indépendant sur la dette extérieure et ses effets sur les droits de l'homme, la réforme risque de destabiliser les moyens de subsistance de nombre de petits producteurs.

 

Les experts soulignent que, pour une grande partie de la population au Burundi, les revenus issus de la culture du café font « la différence entre faim et sécurité alimentaire ».

Les revenus du café représentent 80% des revenus d'exportation du pays. Plus de la moitié de la population, soit 750 000 familles, dépendent de la culture du café, dont une majorité de petits paysans. Alors que près de deux tiers des Burundais vivent sous le seuil de pauvreté et 60% sont chroniquement mal nourris.

Pour les deux experts, cette reforme pourrait prendre les populations vulnérables en otage avec des politiques d'appel à la privatisation qui ont échoué par la passé, en particulier dans les années 1980 et 1990.

Les experts appuient une réforme de la filière qui permettrait aux coopératives de producteurs de café de capter une plus grande partie de la valeur du café car elle augmenterait la contribution de la production caféière à la réduction de la pauvreté et au développement rural.

Or les experts détectent des “signes inquiétants” qui montrent que les intérêts des producteurs de café n'ont pas été pris en compte dans le processus de réforme malgré l'ouverture des organisations de caféiculteurs à une réforme de la filière qui leur permettrait de monter dans la chaîne de valeur.

Pour Olivier de Schutter et Cephas Lumina, les États ne doivent pas confondre leurs priorités avec celles des entreprises",et les « acteurs institutionnels comme la Banque mondiale doivent soutenir les États dans leurs tentatives de réformer des secteurs économiques importants, mais selon des modalités qui n'exposent pas les paysans vulnérables aux aléas des marchés."

(Mise en perspective : Cristina Silveiro)

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19/08/2014
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