Violences contre les femmes : la France déterminée à combattre le fléau

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Gérard Araud, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

On trouvera ci-dessous le texte de l'intervention de Gérard Araud, le Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, dans le cadre de l'événement parallèle « Une promesse est une promesse : Il est temps d'agir pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes »

Monsieur le Secrétaire général,

Madame la Directrice exécutive d'ONU Femmes,

Mesdames et Messieurs,

Je me joins à ce que vient de dire le Secrétaire général et voudrait ajouter que je suis l'un des témoins de l'engagement personnel de M. BAN Ki-moon pour la cause des femmes, en particulier pour la place des femmes au sein du Secrétariat des Nations unies. Les nominations qu'il a faites dans tout le système des Nations unies, sur le terrain et au Secrétariat, sont la preuve la plus concrète de l'engagement du Secrétaire général ; Merci M. Ban Ki-moon.

A l'occasion de la Journée internationale des Femmes, c'est un honneur pour la France de s'exprimer sur la question de l'élimination des violences faites aux femmes, et je remercie le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, ainsi que la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Mme Michelle Bachelet, pour leur invitation.

Ces violences sont subies partout dans le monde, en temps de guerre comme en temps de paix. Elles prennent une variété de formes, elles entraînent toutes la même conséquence : elles affectent les femmes dans leurs droits fondamentaux, droit à l'éducation, à la liberté, à l'égalité et à la citoyenneté, droit à disposer de leur corps, sans contrainte ni atteinte à leur intégrité. Lorsque les femmes ne peuvent pas contrôler leur santé, leur sexualité et leur maternité, lorsque leurs les droits sexuels et reproductifs ne sont pas pleinement reconnus, il a violence contre les femmes.

Ces droits sont souvent niés, quelles que soient les sociétés, les cultures, ou les religions.

En France, par exemple, de nombreux progrès restent à réaliser. On estime que près de 600 000 femmes sont victimes de violences domestiques, dont près de 200 000 à caractère sexuel. Le chemin reste long, y compris dans ce qu'on appelle un pays industrialisé.

Face à ce constat, la France a décidé de renforcer son appareil législatif contre les violences : le délit de harcèlement sexuel a été confirmé et renforcé dans notre code pénal ; ensuite, notre dispositif contre les mariages forcés sera amélioré ; enfin, un nouveau délit, l'incitation à subir une mutilation génitale, sera reconnu.

A cet égard, la France s'inscrit dans le cadre ouvert par le Groupe Africain qui a fait adopter une résolution sur l'élimination des mutilations génitales féminines par l'Assemblée générale.

Monsieur le Secrétaire général,

Au-delà des efforts nationaux, la coopération régionale doit être encouragée. La Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, adoptée à Istanbul en 2011, offre désormais un cadre légal complet pour la prévention, la protection et la sanction des violences faites aux femmes.

C'est un texte fondamental qui n'est pas limité et réservé à l'Europe et qui est ouvert à tous. Il s'agit de la première convention contraignante qui traite de la question des violences faites aux femmes. Cette convention est dotée d'un mécanisme de suivi des mesures mises en œuvre par les États, ce qui permettra d'en assurer l'effectivité. Elle est universelle et ouverte à la ratification de tous les États.

Mais, les Nations unies sont bien placées pour le savoir, les femmes sont les premières et principales victimes des conflits armés. Elles subissent des violences sexuelles intolérables, utilisées souvent comme armes de guerre ou de destruction, physique et morale, des populations. L'intervention française au Mali, en appui aux forces maliennes, était guidée par la volonté de répondre aux graves violations des droits fondamentaux de la personne humaine commises par des groupes armés au nord du pays, en particulier à l'encontre des femmes.

Notre tâche n'est pas terminée dans ce pays. Le Secrétaire général a pris la mesure de ces violences. Il a créé le poste de Représentant Spécial pour les violences sexuelles. Il soutient pleinement ONU Femmes et veille au déploiement de Conseillères et Conseillers de protection des Femmes dans les opérations de maintien de la paix. Lorsqu'une opération de maintien de la paix sera déployée au Mali, nous devrons veiller à ce qu'il y ait de tels Conseillers pour continuer à suivre les femmes au Mali.

Enfin, le Secrétaire général a fait de la participation des femmes à la résolution des conflits une priorité de notre Organisation : il faut de cesser de considérer les femmes seulement comme des victimes ou des survivantes, et faire en sorte qu'elles deviennent des actrices de stabilisation des sociétés. Nous savons qu'elles ont beaucoup à nous dire et beaucoup à faire.

Monsieur le Secrétaire général, Aux Nations unies, le cadre normatif pour les droits des femmes s'est élargi, notamment grâce au Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des Femmes. Nous sommes fières qu'une Française, Mme Nicole Ameline, préside ce comité. Nous saluons aussi la récente adoption par l'Assemblée générale d'une résolution importante sur l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes, à laquelle la France et les Pays-Bas ont consacré toute leur énergie. L'adoption à l'unanimité de ce texte est un signe positif qui nous encourage à poursuivre dans cette voie. Nous souhaitons que la 57ème Commission de la Condition de la Femme profite de cet élan en adoptant des conclusions agréées fortes et ambitieuses. Nous devons aller au-delà du consensus qui se dessine sur les violences faites aux femmes et les remèdes à y apporter pour relever d'autres défis. La 57ème Commission de la Condition de la Femme servira de guide aux échéances de 2015 : le suivi des vingt ans de la Conférence de Pékin et le nouvel agenda du Développement.

Ce combat pour l'élimination des violences faites aux femmes exige un engagement de chacun d'entre nous, chacun d'entre vous. Soyez assuré que la France restera déterminée dans ce combat.

Je vous remercie.

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24/07/2014
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