Syrie : l’acte médical est devenu un acte de guerre

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Paulo Pinheiro, Président de la Commission d’enquête sur la Syrie.

Au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le Président de la Commission d'enquête sur la Syrie a accusé les deux parties au conflit de crimes de guerre avant d'appeler à des efforts diplomatiques soutenus pour mettre fin au cycle de violence. En attendant, Paulo Pinheiro note que Damas et les groupes d'opposition ont échoué à protéger les civils. Dans la plupart des cas, les Syriens sont souvent victimes de  bombardements aveugles, manifestant ainsi un mépris de la vie humaine. Une situation qui n'épargne pas le personnel et les services médicaux.

 

En Syrie, la violence et les exactions ont  atteint de nouveaux sommets de destruction. Dans cette atmosphère, le personnel médical et les hôpitaux sont souvent traités par les parties au conflit comme des objectifs militaires. Devant le Conseil des droits de l'homme, la Commission d'enquête sur la Syrie s'est inquiétée du sort des médecins et des infirmiers délibérément pris pour cible ou capturés. Ces derniers ont ainsi décrit des incidents dans lesquels ils ont été contraints par les forces gouvernementales d'enregistrer les corps de combattants exécutés comme des patients décédés normalement. Un personnel médical qui n'est pas également épargné par les groupes d'opposition qui leur reproche une supposée loyauté envers Damas.

Sergio Pinheiro a documenté plusieurs incidents où des services médicaux ont été utilisés comme tactique de guerre. Selon le Président de la Commission d'enquête, l'accès a été ainsi refusé pour des raisons politiques et confessionnelles à des civils sunnites. Des interrogatoires et des arrestations sont également procédés à l’intérieur des hôpitaux.

De façon générale,  Paulo Pinheiro note que les deux parties ont échoué à protéger les civils. La prise en otage de 21 fonctionnaires de la paix de l'ONU par les « Martyrs de Yarmouk », un groupe armé dans les hauteurs du Golan est emblématique de cette situation, a illustré M. Pinheiro, accusant les forces gouvernementales et les groupes armées d'avoir violé le droit international, dont le second protocole facultatif à al Convention relative aux droits des enfants. En effet, la situation expose les jeunes garçons au recrutement dans les groupes armés, en particulier du coté des forces de l'opposition, a souligné le Président de la commission d'enquête.

Mais pour Damas, « le travail des enquêteurs n'est pas crédible et professionnel ». « Tout en luttant contre le terrorisme, la Syrie est prête à tenir un dialogue inclusif avec tous les représentants de la société, a conclu le représentant de la République arabe syrienne.

Mais pour le Président de la Commission d'enquête, a vu de la situation, et de sa gravité, tous les acteurs pertinents devraient en conséquence redoubler d'efforts dans le but de faciliter une négociation, tenant en compte les aspirations légitimes de la société syrienne, y compris des minorités ethniques et religieuses. « Si les acteurs nationaux, régionaux et internationaux échouent à trouver une solution, l'alternative sera la destruction politique et socio-économique de la Syrie, avec des implications dévastatrices pour toute la région », a conclu Paulo Pinheiro.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo ; avec un extrait sonore de Paulo Pinheiro, Président de la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie)

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18/04/2014
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