Hygiène menstruelle : les tabous mettent la vie de millions de femmes en danger

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Une jeune Ivoirienne remplit une bassine d’eau (Photo : ONU)

A l'occasion de la Journée internationale de la femme, le Conseil de concertation de l'ONU pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement (WSSCC) a organisé, ce vendredi 8 mars à Genève, un événement intitulé « hommage à la femme : la gestion de l'hygiène menstruelle ». Un sujet fortement négligé et pourtant une récente étude réalisée en Inde a montré que sur 335 millions de femmes, seules 12% ont accès à des serviettes hygiéniques et 23% des filles quittent l'école après avoir atteint la puberté.

Ce rapport indiquait que 200 millions de femmes en Inde connaissaient mal l'hygiène menstruelle.

Une étude menée également en octobre 2012 par WSSCC sur la gestion menstruelle en Inde soulignait les tabous liés à cette question. « Lorsqu'on leur a demandé si le sang des menstruations était du « sang propre » ou du « sang sale », seuls 17,7% ont répondu qu'il était propre », articule cette enquête menée auprès de 12 000 femmes de cinq états, vivant dans des zones rurales et périurbaines.

Le rapport montre que les « tabous entourant les règles ressortent clairement, tout comme la limitation des déplacements des femmes et des filles pendant leur période menstruelle ». Les restrictions les plus courantes consistent à ne pas pouvoir toucher la jarre d'eau, dormir à l'écart de son conjoint ou de la famille, et ne pas pouvoir cuisiner ni manipuler la nourriture.

Un rapport publié fin 2012 par l'organisation non gouvernementale Wateraid et intitulé « Menstrual hygiene matters » (L'hygiène menstruelle est importante), rappelait que dans certains pays à revenu faible ou intermédiaire, les tabous relatifs à la menstruation ont en effet pour conséquence de limiter l’accès de nombreuses filles et femmes aux installations sanitaires et de les empêcher de fréquenter l’école et d’occuper certains emplois. Aussi, les auteurs du rapport ont proposé des modules d’enseignement et des outils sur différents thèmes tels que les articles d’hygiène intime, le travail avec les communautés, la mise en place d’installations sanitaires dans les écoles et en situation d’urgence et l’aide aux filles et aux femmes, adaptés aux différents contextes.

Face à cette situation, l'UNICEF pense qu'en améliorant l'approvisionnement en eau, l'assainissement et l'hygiène, on favorise la scolarisation des filles. Au Bangladesh et en Inde, il a pu être démontré que l'hygiène menstruelle pouvait être intégrée dans les interventions plus générales du programme WASH dans les écoles.

Selon l'UNICEF, les activités de formation et d'information de groupes d'enfants d'âges similaires et des enseignantes ont démontré que les femmes et les jeunes filles étaient mieux armées dans la vie lorsqu'elles pouvaient gérer leur hygiène menstruelle. Les milieux scolaires qui encouragent les filles à achever leur éducation ont des effets positifs à long terme sur la santé des femmes et l'économie du pays.

(Interview : Archana Patkar, Responsable de programme au Conseil de concertation de l'ONU pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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21/08/2014
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