Conseil des droits de l'homme : les soldats maliens accusés de représailles contre des groupes ethniques

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Malick Coulibaly, Ministre de la Justice du Mali (Photo ONU/J. M. Ferré)

Le Haut Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU accuse les groupes rebelles « extrémistes » du Nord d'avoir imposé au Mali « une application stricte de la charia », entraînant des violations graves des droits de l’homme, y compris des exécutions sommaires, viols, actes de torture et recrutements d’enfants soldats. Mais les services de Navi Pillay ont également dénoncé les représailles de l'armée malienne contre plusieurs groupes ethniques.

 

Les conclusions de la mission d’observation effectuée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme depuis le 18 février « suggèrent que la récente intervention dans le nord du Mali a été suivie par une grave escalade de représailles ». Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ce mardi à Genève, la Haut Commissaire adjointe, Kyung-wha Kang,  a indiqué que ces représailles semblaient « viser les Peuls, les Touaregs et des groupes ethniques arabes perçus comme soutenant les groupes armés » qui occupaient le nord du Mali depuis 2012.

« Certaines catégories de la population ayant peur des représailles contre elles non pas pour ce qu’elles ont fait mais pour ce qu’elles sont soupçonné d’avoir fait ou soutenu », souligne Kyung-wha Kang.  Les communautés peule, touarègue et arabe ont été la cible de représailles violentes par des militaires gouvernementaux.  La situation a été exacerbée par la diffusion de messages enflammant les passions dans les médias.

Mais pour Bamako, ces allégations d’exactions imputables aux forces maliennes sont le fait d’actes isolés. « Ces militaires seront dûment poursuivis et punis », avertit le Ministre de la Justice du Mali.  Malick Coulibaly rappelle que le Mali a signé un accord de coopération avec la Cour pénale internationale, afin de lutter efficacement contre l’impunité.  Le ministre a souligné que le Mali «n’est pas en guerre contre une ethnie, une race, une religion ou une région» et qu’il s’agit d’un pays de tolérance, d’unité et de concorde.

Dans tous les cas, les services de Navi Pillay demandent à Bamako de mener une enquête à ce sujet et de punir les responsables.

Le rapport de Kyung-wha Kang attire aussi l’attention sur la situation des droits de l’homme dans les régions sous contrôle gouvernemental, notamment quant à des violations concernant l’exercice de la justice, la liberté d’expression et le droit à l’information.

Par ailleurs, les groupes rebelles « extrémistes » du Nord (Al-Qaida au Maghreb islamique –AQMI-, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest –MUJAO- et Ansar Dine) sont également accusé de graves violations des droits de l'homme, notamment d'exécutions sommaires, viols punitifs, tortures, et des amputations au nom d’une interprétation particulière de la charia. Le rapport signale aussi des allégations d’exécutions extrajudiciaires par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) notamment.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo ; avec des extraits sonores de Kyung-wha Kang, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l'homme de l'ONU et Malick Coulibaly, Ministre de la Justice du Mali)

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11/12/2017
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