Tchad : l'OIM au secours de migrants en détresse expulsés de Libye

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Migrants arrivant au Tchad après avoir fui la Libye (photo d'archives / C. Murphy/IOM)

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) est venue en aide à un groupe de 32 migrants tchadiens arrivés la semaine dernière au bureau de l'OIM à Faya-Largeau, dans une région reculée au nord du Tchad, après avoir été expulsés de Libye. Epuisés et malades, ces Tchadiens ont expliqué à l'OIM qu'ils travaillaient dans différents endroits en Libye, occupant généralement des emplois temporaires peu et non qualifiés. Ils ont dit qu'ils avaient été détenus, et certains ont affirmé avoir été maltraités.

Depuis juillet dernier, trois groupes de migrants tchadiens ont été expulsés de Libye. Plus de 150 000 travailleurs migrants tchadiens avaient déjà quitté le pays en 2011, après le renversement du régime précédent.

Ils ont déclaré que par le passé, en tant que ressortissants tchadiens, ils n'avaient pas besoin de documents pour vivre en Libye. Mais, aujourd'hui, les autorités libyennes ont commencé à exiger des documents et ont fermé les frontières avec le Tchad, le Niger et le Soudan. La plupart des membres du groupe ont été arrêtés parce qu'ils n'avaient pas de permis de travail.

Mahamat Zene Issa a raconté à l'OIM qu'avant le déclenchement de la crise, il vivait depuis cinq ans avec sa famille, composée de trois personnes, à Sebha, une ville au sud de la Libye. Sa famille avait pu rentrer au Tchad avec un convoi d'évacuation de l'OIM, mais lui a décidé de rester en Libye pour continuer à y travailler. « Un jour, alors que je me rendais chez mon cousin, près de chez moi, des hommes armés m'ont arrêté et fait monter dans leur véhicule lorsqu'ils ont compris que j'étais Tchadien. Ils m'ont battu pendant plusieurs heures jusqu'à ce que je perde connaissance » a-t-il déclaré.

« Lorsque j'ai repris connaissance, j'étais dans un centre de détention avec d'autres personnes. Personne ne m'a expliqué les raisons de ma détention. J'ai été détenu pendant un an et trois mois dans des conditions difficiles mais, grâce à Dieu, je suis vivant. Beaucoup n'ont pas survécu. Des compagnons de cellules ont été tués sous mes yeux, et d'autres sont morts de maladie. Ils nous ont traités comme des bêtes. »

« Il y a trois semaines, il nous ont amenés dans des camions à la frontière. C'était un voyage périlleux à travers le désert, et certains y ont laissé leur vie. Dieu merci, nous sommes à Faya. Bien que je ne sache pas comment je vais vivre demain, je suis content d'être de retour au pays, parce que personne ne me demandera mes papiers ni ne me battra ou me mettra en prison sans raison » a-t-il ajouté.

L'aide humanitaire de l'OIM aux migrants comprend les services suivants : enregistrement, établissement de profils, fourniture d'un abri temporaire au poste de secours de l'OIM, distribution d'articles de secours alimentaires et non alimentaires, soins médicaux, soutien psychosocial et transport jusqu'à destination finale au Tchad. La plupart des migrants expulsées viennent d'Abéché, Oum Hadjer et Biltine, à l'est, de N'Djamena, la capitale, et de Mao et Moussoro, à l'ouest du pays.

IOM cherche à obtenir des fonds pour offrir à 1 128 Tchadiens expulsés des formations visant à acquérir des moyens de subsistance, un soutien psychosocial et des orientations. Des fonds sont aussi nécessaires pour mettre en place des plans d'action en cas de crise pour assurer le retour d'autres Tchadiens expulsés de Libye et des pays voisins de la région en proie à l'instabilité.

« La principale difficulté à laquelle sont confrontés les migrants qui quittent la Libye est la réintégration dans des communautés qu'ils avaient quittées il y a très longtemps. Beaucoup d'entre eux n'avaient aucune relation avec elles et se considéraient comme des citoyens libyens. Ils parlent le dialecte libyen, et leurs enfants ne maîtrisent pas le français, la langue de l'enseignement au Tchad. Presque tous rentrent au pays les mains vides et n'ont rien pour recommencer leur vie. Ceux qui sont restés en contact avec leur famille leur apportaient un soutien matériel essentiel sous la forme de rapatriements de fonds mensuels. Leur retour n'est donc pas une bonne chose » a déclaré Qasim Sufi, Chef de mission de l'OIM au Tchad.

(Extrait sonore : Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'OIM ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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