ONUDC : les réseaux criminels transnationaux menacent l’Afrique de l’Ouest

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Principales saisies de cocaïne (en kg), Afrique de l’Ouest, 2005-2009

Les trafics de drogue, de produits pharmaceutiques frauduleux, de migrants et d'armes figurent parmi les activités illégales auxquelles se livrent les réseaux de criminalité transnationale organisée à travers toute l’Afrique de l’Ouest, révèle un nouveau rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), lancé lundi 25 février, à Abidjan.

Le rapport souligne l’impact sur la stabilité de la sous-région. Rien que les profits retirés du trafic de cocaïne pourraient à eux seul excéder les budgets cumulés de sécurité nationale de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, indique le rapport. Il conclut en outre que les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest sont devenus de plus en plus indépendants et créatifs dans leur modus operandi.

« La criminalité transnationale organisée menace très clairement l’Afrique de l’Ouest », a déclaré Pierre Lapaque, le Représentant régional de l’ONUDC pour l’Afrique centrale et de l’Ouest, lors d’une conférence de presse donnée à l’occasion du lancement du rapport.

« Les institutions de l’État et l’état de droit sont faibles dans ces pays et à moins de s’attaquer à la criminalité organisée, l’instabilité a toutes les chances d’y prospérer », a-t-il mis en garde.

D’après l’ONUDC, au moins 30 tonnes de cocaïne en provenance des pays andins transitent chaque année par l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe, avec à la clé un chiffre d’affaire de deux milliards de dollars et un bénéfice local de plus de 800 millions de dollars dont la moitie est blanchi dans la sous-région. L’essentiel de la cocaïne passe par la Guinée-Bissau et le Ghana, deux plaques tournantes depuis lesquelles des mules voyageant à bord de vols commerciaux transportent la drogue jusqu’à leur destination finale.

Le nouveau rapport souligne toutefois que la cocaïne n’est pas la seule drogue à transiter par la région. Ses auteurs s’inquiètent de l’émergence de la production de méthamphétamine au Nigeria, où deux laboratoires ont été repérés en 2011 et 2012, ainsi que du nombre de mules qui auraient transporté l’équivalent de 360 millions de dollars de ce stupéfiant en vogue vers l’Afrique de l’Est en 2010.

L'impact de ces divers trafics illicites sur la corruption locale, l’instabilité politique et le développement, sans compter leur capacité à alimenter des conflits, demeure « trop marqué pour que la région puisse s’y attaquer toute seule », relève encore le rapport.

Les pays d’Afrique de l’Ouest ont donc besoin d’améliorer la collecte de données et de partage de l’information, la coordination inter-agences dans l’application des lois et le renforcement des services de réinsertion et de traitement, préconise le rapport de l’ONUDC, qui note également que les pays de la région sont incapables de lutter seuls contre le fléau de la criminalité. L’ONUDC précise que ces pays “auront besoin du soutien de la communauté internationale pour faire des progrès significatifs dans la réduction de l’impact de la criminalité transnationale organisée sur le développement de la région.”

(Extrait sonore : Pierre Lapaque, Représentant régional de l’ONUDC pour l’Afrique centrale et de l’Ouest ; propos recueillis par ONUCI FM)

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21/11/2014
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