ONU : une réforme politique approfondie des États arabes est nécessaire pour relancer l'emploi et la croissance

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D’après un rapport publié mardi par l’Organisation internationale du travail (OIT) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les soulèvements populaires qui ont récemment secoué le monde arabe ont révélé des politiques de développement asymétriques, l’insuffisance de la justice sociale et une libéralisation économique très mal gérée.

Les politiques appliquées dans les années 1990 et 2000 ont permis aux pays de la région de faire face aux problèmes de la dette et de l’inflation, de stimuler la croissance et de créer des emplois. Cependant, la croissance est malgré tout restée inférieure à celle des autres régions du monde, les nouveaux emplois étaient principalement créés dans les secteurs à faible productivité et les gouvernements se souciant peu de conséquences sociales de leurs politiques économiques.

En même temps, le secteur privé de la région est resté l’un des moins compétitifs du monde à cause des faibles niveaux d’investissement, un manque de règles transparentes et une corruption et un népotisme omniprésents.

Selon le rapport, les problèmes majeurs de la région sont le manque de protection et de dialogue social. Au cours des deux dernières décennies, le monde arabe a connu la plus faible croissance du revenu par habitant au monde avec une responsabilité très faible du gouvernement et aucune participation démocratique.

« En 2010, une personne dans le monde arabe avait plus de chance de trouver un emploi qu’il y a 20 ans. Mais la question est de savoir quel type d’emploi ? », s'est interrogé l’auteur principal du rapport Zafiris Tzannatos.

« Les travailleurs sont de mieux en mieux formés et éduqués, mais les emplois qui sont créés sont peu qualifiés et mal rémunérés. Dans la plupart des pays, les travailleurs n’ont aucun moyen de se faire entendre ni par le biais des syndicats ni par les urnes », a-t-il expliqué.

 

Le chef de l’unité de lutte contre la pauvreté au centre régional du PNUD au Caire en Égypte, Mohammad Pournik, a de son côté indiqué que l’une des revendications majeures des jeunes arabes était de pouvoir obtenir un emploi sans recourir à la corruption, communément appelée « wasta ».

« Le vrai problème est le besoin de créer des emplois assortis d’une dignité sociale plutôt qu’obtenir à tout prix un emploi en sacrifiant cette dignité », a résumé M. Pournik.

Le Rapport précise que la croissance à venir dépend d’une bonne gouvernance. Celle-ci doit impérativement être améliorée pour attirer davantage d’investissements et permettre des réformes structurelles et institutionnelles.

La région fait face à un défi plus important encore que les mauvaises perspectives de croissance. L’agitation sociale, l’inflation et l’impact de la récession sur les secteurs privé et public dissuade les investisseurs et cela augment la pression sur les gouvernements. Un nouveau modèle social est d’autant plus indispensable.

« Les citoyens du monde arabe ont besoin d’un modèle de développement inclusif basé sur les principes de justice sociale », a souligné la Directrice régionale de l’OIT pour les États arabes, Nada al-Nashif.

« Cela requiert une cohérence macroéconomique capable d’améliorer la productivité, d’augmenter les salaires et de permettre aux travailleurs et employeurs de prendre activement part aux processus de décision, ainsi qu’un système de protection sociale amélioré qui garantisse des moyens de subsistance », a-t-elle ajouté.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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26/12/2014
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