Haïti : les élections, la sécurité et la justice priorité de Nigel Fisher

Écouter /

Nigel Fisher, Représentant spécial du Secrétaire général par intérim en Haïti

Niger Fisher a donné vendredi matin à Port-au-Prince sa première conférence de presse en tant que Représentant spécial du Secrétaire général par intérim pour Haïti. Devant les journalistes, il a rappelé qu'il est arrivé dans le pays comme Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire des Nations Unies quelques semaines à peine après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il a déclaré que quelle que soit le soutien apporté à Haïti, il importe de se demander quelle différence cela fait pour le plus pauvre des Haïtiens. Comment les actions entreprises peuvent-elles améliorer sa vie de manière tangible ?

Nigel Fisher a déclaré comprendre et soutenir totalement le désir des Haïtiens d'être pleinement en charge des affaires de leur pays. Le travail de la MINUSTAH et des autres partenaires d'Haïti est de l'accompagner sur ce chemin. Pour autant, il s'est demandé dans quelle mesure la souveraineté est-elle pertinente si elle n'inclut pas tous les Haïtiens ?

“Qu'est-ce que la souveraineté pour la grande majorité des Haïtiens qui vivent dans la pauvreté, qui ne savent pas d'où proviendra leur prochain repas, qui ne peuvent pas trouver un emploi à un salaire décent, qui sont criblés de dettes ?, Qu'est-ce que la souveraineté pour la mère qui est forcée d'envoyer son enfant en ville pour devenir un restavek? Qu'est ce que la souveraineté si tous les Haïtiens ne sont pas égaux devant la loi ? Qu'est-ce que la souveraineté si les opportunités ne sont réservées qu'à un petit groupe ? “, a déclaré le haut fonctionnaire canadien.

Nigel Fisher a indiqué qu'il rentrait tout juste du Siège des Nations Unies à New York, où il a rencontré les membres du Conseil de sécurité, les États Membres du Groupe connu sous le nom des Amis d'Haïti, ainsi que les principaux responsables des Nations Unies. Tous ont exprimé leur préoccupation et une certaine frustration.

Il y a bien sûr eu des progrès, mais ils ont été beaucoup, beaucoup plus lents que ceux auxquels nous nous attendions au début 2012. Les investissements n'ont pas atteint le niveau espéré. La croissance du PIB n'a été que de 2,5% l'année dernière, bien loin des 8% prévus en début d'année.

D'autres amis d'Haïti ont exprimé leur préoccupation concernant l'indépendance du pouvoir judiciaire. Il est primordial que la justice puisse faire son travail de manière indépendante et que les garanties de procédure soient respectées. Le peuple haïtien doit pouvoir jouir d'un système judiciaire où tous sont égaux devant la loi.

Mais s'il y a une question qui domine le discours et qui cristallise la déception des amis d'Haïti aujourd'hui, c'est celle de l'impasse dans l’organisation des élections. Selon la Constitution d'Haïti, les élections pour les Sénateurs élus en 2006 devaient avoir lieu avant la fin de leur mandat en janvier 2012. Nous voilà aujourd'hui, plus de 13 mois plus tard, et l'élite politique haïtienne est toujours en train de tenter de trouver un compromis qui semble hors d'atteinte pour former la base d'un accord permettant d'avancer vers ces élections. Des élections qui doivent en outre être crédibles, justes et inclusives.

Si un domaine symbolise les politiques d'exclusion et de faiblesse institutionnelle, et montre pourquoi Haïti n'est pas encore « open for business », c'est le manque de progrès pour jeter les bases de telles élections.

La semaine dernière, lorsque j'ai rencontré les Présidents des deux chambres législatives, on m'a laissé croire que la Commission bicamérale annoncerait sa décision concernant les représentants au CTCEP hier, le 14 février. C'est que ce que j'ai annoncé au Conseil de sécurité et aux amis d'Haïti cette semaine.

Mais cela ne s'est pas produit. Comme me l'a dit mardi dernier un très bon ami d'Haïti, originaire de cet hémisphère : « Siempre manana. Seguro que un dia, sera hoy ». « Toujours demain. C'est sûr, un jour, ce sera aujourd'hui».

Nigel Fisher a indiqué que dans un mois, il présentera le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur Haïti fera l'objet du débat du Conseil de sécurité. Or, le projet de rapport actuel n'est pas optimiste. C'est pourquoi, ces prochaines semaines, et le temps presse, il espère pouvoir travailler avec les dirigeants du pays, le Gouvernement, l'exécutif et le législatif pour pouvoir témoigner de progrès tangibles.

Le Représentant spécial par intérim a également souligné que le Conseil de sécurité et le Secrétaire général lui ont demandé de préparer, avec le Gouvernement haïtien, une feuille de route pour les prochaines années qui va définir clairement un ensemble limité de priorités pour la MINUSTAH, afin de promouvoir la stabilité et la sécurité, de renforcer l'état de droit, le respect des droits de l'homme et la bonne gouvernance. Cette feuille de route établira aussi de manière transparente les conditions dans lesquelles la MINUSTAH sera en mesure de poursuivre la réduction de ses effectifs.

Jeudi, dès son retour de New York, Nigel Fisher a rencontré le Premier Ministre Lamothe et les deux hommes ont convenu que dans les prochaines semaines, le Gouvernement et la MINUSTAH vont travailler ensemble pour finaliser cette feuille de route qui nous permettra d'évaluer nos progrès ensemble et qui permettra au Conseil de sécurité d'en faire autant.

Nigel Fisher déclare avoir proposé quatre priorités centrales pour cette feuille de route : premièrement, renforcer la sécurité, en particulier en augmentant le nombre, la qualité et la répartition de la Police Nationale d'Haïti ; deuxièmement, renforcer l'autorité du Conseil électoral permanent pour qu'il assume la pleine responsabilité et l'appropriation nationale de l'organisation et de la tenue des élections ; troisièmement, renforcer la culture de l'état de droit et des droits de l'homme en soutenant le renforcement de mécanismes de base fonctionnels et responsables, comme le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, la Cour supérieure des Comptes et des Contentieux administratifs, l'Inspection générale de la PNH et l'Office de la Protection du Citoyen et de la Citoyenne, par exemple ; et de soutenir plus largement la réforme législative qui est cruciale ; enfin, quatrièmement, dans le domaine de la bonne gouvernance, soutenir le renforcement des institutions de l'Etat pour faire les réformes politiques essentielles et renforcer les mécanismes décentralisés et participatifs.

En guise de conclusion de ses propos liminaires, le Représentant spécial par intérim a dit que la MINUSTAH est déployée pour accompagner Haïti sur ce chemin, comme d'autres amis et partenaires, avec le plus grand respect pour le pays et le peuple. “Ce n'est pas la MINUSTAH qui détermine combien de temps elle restera en Haïti. La Mission est ici à la demande d'Haïti et conformément au mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies. Haïti est l'un des membres fondateurs des Nations Unies. Et c'est Haïti, avec notre plein soutien et notre accompagnement constant, qui, au bout du compte, parviendra à créer les conditions qui détermineront le rythme du retrait de la MINUSTAH.

(Extrait sonore : Nigel Fisher, Représentant spécial par intérim du Secrétaire général pour Haïti ; propos recueillis par Damien Bonelli)

Classé sous L'info, Maintien de la paix.
Le dernier journal
Le dernier journal
23/10/2014
Loading the player ...