Afghanistan : depuis 2009, la corruption aurait coûté 3,9 milliards de dollars

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Le coût total de la corruption en Afghanistan a considérablement augmenté, pour atteindre 3,9 milliards de dollars, selon une étude publiée jeudi, qui affirme qu’en dépit d’une baisse significative du nombre de pots-de-vin, la fréquence de cette pratique a toujours des effets préjudiciables sur la société afghane.

En 2012, la moitié des Afghans ont versé un pot-de-vin en contrepartie d’un service public et près de 30% ont fait de même dans le secteur privé, indique cette étude sur les tendances de la corruption publié aujourd’hui conjointement par l’Autorité de surveillance et de lutte contre la corruption et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Si ces chiffres sont élevés, des progrès ont cependant été enregistrés, puisqu’ils étaient 59% à avoir versé un pot-de-vin à un agent de l’État en 2009. Toutefois, la fréquence s’est accrue, passant de 4,7 dessous-de-table par personne à 5,6, ainsi que le montant, qui est passé de 158 dollars à 214, soit une augmentation de 29%.

« Les pots-de-vin que les Afghans ont versé en 2012 représentent le double du revenu domestique du pays ou encore un quart du montant total des annonces de contribution faites Tokyo », a indiqué le représentant régional de l’ONUDC, Jean-Luc Lemahieu. Il fait référence à une conférence internationale de donateurs qui s’est tenue en juillet dernier au Japon, et au cours de laquelle 16 milliards de dollars ont été promis à l’appui du développement économique de l’Afghanistan au cours des quatre prochaines années, à condition toutefois que le gouvernement lutte efficacement contre la corruption avant de pouvoir percevoir l’intégralité de ce montant.

« Personne ne doute de l’importance de cette question, le plus délicat étant ici de mettre au point la stratégie la plus appropriée afin de remédier à cette situation », a résumé Jean-Luc Lemahieu.

Si la corruption est perçue par une majorité d’Afghans comme l’un des défis les plus importants qui se posent à leur pays, il semble qu’il se banalise et que le clientélisme et la corruption soient considérés comme partie intégrante de la vie quotidienne.

L’étude, effectuée auprès d’un échantillon de 6.700 Afghans âgés de plus de 18 ans à travers tout le pays, révèle que 68% d’entre eux considèrent qu’il est acceptable pour un fonctionnaire d’améliorer un faible salaire avec des pots-de-vin. En outre, 67% des citoyens considèrent parfois comme acceptable pour un fonctionnaire d’être recruté sur la base de ses relations familiales ou de ses amitiés.

Dans la plupart des cas, les dessous-de-table sont versés afin d’obtenir de meilleurs services ou de les obtenir plus rapidement. Parois, il s’agit d’influencer les activités de la police ou des décisions de justice, ce qui ne fait qu’éroder l’état de droit et la confiance dans les institutions.

L’étude souligne que le secteur de l’éducation est l’un des plus vulnérables à la corruption, le pourcentage d’individus versant des pots-de-vin à des enseignants étant passé de 16 à 51% entre 2009 et 2012.

« Les Afghans savent que la corruption défait le tissu social », a souligné Jean-Luc Lemahieu. « La solution n’est pas seulement à chercher du côté des gouvernants, mais aussi au sein de la communauté au sens large. »

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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02/09/2014
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