Droits de l’enfant : les défis des violences basées sur le genre et de certaines pratiques traditionnelles au Tchad

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Tous les 20 novembre, l’ONU célèbre la « Journée internationale des droits de l’enfant ». Pour l’UNICEF, c’est une journée pour rappeler que les enfants ont des droits. Car en dépit des engagements pris par les Etats parties d’appliquer la Convention des droits de l’enfant, l’agence onusienne constate toujours avec désolation que de nombreux enfants à travers le monde sont toujours victimes de violence.La Radio des Nations Unies s’est penchée sur la situation au Tchad où huit enfants sur dix âgés de 2 à 15 ans subissent une discipline violente à la maison. Selon le Représentant de l’UNICEF au Tchad, Bruno Maes, la violence à l’égard des enfants se traduit dans ce pays « sous la forme de mariages précoces forcés de jeunes filles, l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, la violence domestique et les mutilations génitales féminines ».

Un document de l’UNICEF publié en novembre dernier rappelle aussi que près de la moitié des femmes sont soumises à des mutilations génitales féminines, la plupart du temps entre 5 et 14 ans. Or sur la moitié des filles qui sont soumises à des mutilations génitales, la grande majorité d’entre elles sont mariées avant l’âge de 18 ans – et beaucoup d’autres avant l’âge de 15 ans. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance note pourtant que « les filles qui se marient jeunes n’ont plus la possibilité d’étudier, sont souvent incapables d’assumer leur rôle de mères et risquent des violences basées sur le genre, car elles n’ont aucun droit à la parole avec leurs maris ».

En outre, l’UNICEF rappelle que le nombre de filles victimes d’abus et d’exploitation est plus élevé que le nombre de garçons, sans donner des chiffres sur ce phénomène, en raison des difficultés de recueillir des données sur le terrain. Mais pour combattre les causes profondes de la violence basée sur le genre, l’UNICEF et le gouvernement tchadiens s’investissent dans les communautés vulnérables en sensibilisant d’abord d’importants acteurs locaux quant à la nécessité de traiter la question. Le Fonds établit ensuite des réseaux communautaires de référence pour les victimes tout en renforçant les capacités des responsables à mener à bien leurs missions.

L’Autre source de préoccupation pour Ndjaména concerne le sort des 500.000 orphelins – environ 8% de la population infantile du Tchad. « Les orphelins et les enfants vulnérables sont souvent mal nourris et en mauvaise santé, et sans accès à l’éducation. Ils sont en outre susceptibles d’être confrontés à des violences et des abus et ils grandissent avec peu d’espoir d’un avenir meilleur », fait remarquer l’UNICEF. Face à cette situation, l’agence travaille avec les écoles, les centres de santé, les centres d’état civil et les communautés afin de leur permettre d’aider les enfants particulièrement vulnérables. L’accent est mis sur la réduction des discriminations entre garçons et filles en termes d’accès aux services sociaux de base: éducation, santé et développement.

Concernant le problème des enfants soldats, l’UNICEF rappelle qu’en mai 2oo9, dans l’Est du Tchad, sur 236 éléments armés capturés au combat, 84 étaient mineurs – soit 36%. En 2o11, 132 anciens enfants associés aux forces et groupes armés ont été accueillis dans le centre de transit de l’UNICEF et ont retrouvé leurs familles, 133 ont été formés au commerce et intégrés à la vie professionnelle et 123 ont été inscrits à l’école. « Mais présentement sur les huit zones de défenses militaires du Tchad, les agences onusiennes tablent sur zéro enfant soldat ». L’UNICEF a ainsi travaillé avec les communautés et le gouvernement pour prévenir le recrutement des mineurs dans les forces armées, tout en aidant Ndjaména à libérer les enfants en offrant du soutien et en réinsérant ces enfants soldats dans leurs communautés.

Face à tous ces défis, un processus d’évaluation et de cartographie du système de protection de l’enfant vient d’être initié. Ce processus permettra de mettre en place un système de protection avec une politique nationale de protection et son plan d’action chiffré autour des composantes comme notamment les lois, les normes et régulations, le renforcement des capacités des acteurs, la communication pour le changement social, les prestations de services pour les enfants les plus vulnérables et la mobilisation des ressources en faveur de la protection des enfants.

(Interview : Bruno Maes, Représentant de l’UNICEF au Tchad ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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28/07/2014
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