Afghanistan : l'ONU condamne le recours à la torture dans les centres de détention

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JánKubis, nouveau Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan et Chef de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), à une conférence de presse à son arrivée à Kaboul-UN Photo: Fardin Waezi

D’après un rapport de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), le recours à la torture est largement répandu dans les centres de détention de la police et des services de renseignements afghans, en dépit d’efforts considérables des autorités de ce pays et de ses partenaires internationaux pour y mettre fin.

« Les conclusions du rapport de la MANUA sont très préoccupantes », a affirmé lundi le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, Jan Kubis. « Le gouvernement a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement à respecter les droits de l’homme, ses obligations humanitaires ainsi que les dispositions de la législation nationale dans ce domaine ».

Plus de la moitié des détenus interrogés ont subi des mauvais traitements et des actes de torture, révèle le rapport, qui liste 34 centres de détention de la police afghane et de la Direction nationale de sécurité (DNS). La torture est interdite par la loi afghane ainsi que par le droit international.

Les actes de torture les plus fréquents sont des techniques d’interrogation où des agents des forces de l’ordre afghans infligent une souffrance aiguë aux détenus afin d’en extraire des aveux ou des renseignements. Ces pratiques se seraient systématisées depuis la publication, il y a un an, du précédent rapport de la MANUA sur la question.

 

« Le gouvernement affirme que les mauvais traitements infligés aux détenus ne sont pas le fait du gouvernement ni de ses institutions, mais plutôt d’individus agissant seuls », a expliqué Jan Kubis.

« Les efforts des autorités pour lutter contre ces pratiques abusives sont visibles et encourageantes et ont produit des résultats positifs, mais le système n’est pas assez solide pour y mettre fin. Il faut de toute évidence faire davantage. »

Pour y parvenir, le gouvernement a lancé un programme de sensibilisation, assorti de nouvelles directives, et renforcé les inspections. Par ailleurs, en 2012, la DNS a créé une sous-direction des droits de l’homme sous le Directeur de la DNS. En outre, le Ministre de l’intérieur a renforcé les services chargés de veiller au respect des droits de l’homme au sein de la police afghane.

Les deux institutions ont affirmé avoir mené des enquêtes suite aux allégations de traitements cruels, mais les résultats de ces enquêtes ne sont pas connus et il est incertain si cela a eu des conséquences pour les auteurs de mauvais traitement.

« La MANUA souligne dans son rapport l’absence flagrante de reddition de comptes pour les responsables d’actes de torture, qui ne font que rarement l’objet d’enquêtes et de poursuite. Cela ne fait que souligner davantage le fait que la torture ne peut être seulement combattue par des formations, des inspections et des directives. Elle exige aussi de tenir comptables de leurs actes les responsables », a plaidé la Directrice des droits de l’homme au sein de la MANUA, Georgette Gagnon.

« En l’absence de mesures de dissuasion adaptées, notamment des enquêtes indépendantes, des poursuites pénales et le refus des tribunaux de tenir compte des aveux obtenus sous la torture, les forces de l’ordre n’ont aucune raison de renoncer à la torture », a-t-elle prévenu.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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28/07/2014
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