Yémen : en dépit des difficultés, le pays pourrait connaître une transition démocratique pacifique, estime Jamal Benomar

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Jamal Benomar, Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Yémen

Le Yémen est confronté à de nombreux défis dans sa transition démocratique en cours, notamment la restructuration de l’armée et une crise humanitaire aiguë, estime Jamal Benomar, le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Yémen qui s'exprimait ce mardi après-midi devant le Conseil de sécurité, tout en ajoutant que le résultat final a de grandes chances de s'avérer positif.

«Bien que d’énormes défis demeurent, je suis convaincu que le Yémen a le potentiel pour être un pays prospère, un pays qui peut jouir de la stabilité et qui est régi conformément à la volonté réelle et aux aspirations de toute sa population», a souligné le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Yémen, Jamal Benomar, lors de son exposé devant les quinze membres du Conseil.

Les changements dans la région ont trop souvent été accompagnés par des sacrifices trop souvent inutiles et que nous ne pouvons ignorer, a fait valoir le Conseiller spécial. Mais les Yéménites ont montré que l'époque du recours aux armes comme outil pour répondre aux aspirations légitimes des citoyens est révolue et que la transformation pacifique peut émerger des cendres du conflit.

Le 23 Novembre 2011, les factions en guerre au Yémen ont signé un accord sur un règlement de transition à la suite des protestations similaires à celles observées à travers le Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et de la démission de l’ancien président Ali Abdallah Saleh. Le pays a connu une transition démocratique menée par un gouvernement d’unité nationale dirigé par le président Abdrabuh Mansour Hadi, qui a pris le pouvoir lors d’une élection en février dernier.

La réunion du Conseil de sécurité aujourd’hui s’inscrit dans la foulée d’un accord conclu la semaine dernière pour résoudre la dernière question controversée de la répartition des sièges à la conférence générale sur dialogue national qui est un élément clé de cette transition.

Cet accord ouvre la voie à la tenue du dialogue national, qui devrait avoir lieu plus tard cette année et dont les résultats seront intégrés au processus d'élaboration de la constitution censé se conclure à la fin de 2013, pour permettre l'organisation des élections générales en février 2014.

“Le prochain dialogue national est l’occasion pour les Yéménites de construire un avenir qui réponde aux aspirations de tous”, a déclaré Jamal Benomar. Dans le même temps, il a noté que le pays a encore un long chemin à parcourir.

“Nous ne pouvons pas négliger le fait que le chemin à parcourir reste long et ardu et que le Yémen continue à faire face à de graves défis sur plusieurs fronts», a-t-il déclaré, citant, entre autres, la “difficile” question de la restructuration de l’armée.

Alors que le président a pris des mesures initiales et courageuses pour s’attaquer à la réforme de l’armée, cette “formidable” tâche d’intégrer l’armée et les forces de sécurité sous un seul commandement demeurera un défi sérieux au cours de la transition et il faudra instaurer une réforme systémique, organisée et institutionnelle réforme, a déclaré Jamal Benomar. Car, l'autorité de l’État reste limitée dans certaines régions du Yémen, le terrorisme demeure une menace grave et la prolifération d'armes constitue un véritable fléau, a-t-il ajouté.

“En termes de gouvernance, un an après la transition, il est clair que la lune de miel est terminée”, a déclaré l’émissaire. “Les Yéménites attendent désormais que le gouvernement garantisse la sécurité et fournisse les services sociaux de base.”

Il a ajouté que la méfiance entre les deux principaux blocs politiques constituant le gouvernement d’unité nationale n’a jamais dissipée et reste ancrée, les litiges sur les nominations de la fonction publique étant juste un exemple des problèmes de polarisation des deux côtés.

Pendant ce temps, la situation humanitaire au Yémen est toujours caractérisée par une «crise aiguë». Les rapports rédigés par les agences humanitaires montrent que près de la moitié de la population souffre de l’absence de sécurité alimentaire et qu’un nombre alarmant de personnes est menacé par la famine.

Un quart de million d’enfants souffrent de malnutrition sévère et risque de mourir sans intervention nutritionnelles, plus de la moitié de la population n'a pas accès à l'eau potable et des soins de santé de base reste une aspiration non satisfaite pour près d’un quart de la population, a déclaré Jamal Benomar. Le plan humanitaire de 585 millions de dollars en faveur du Yémen pour 2012 n’est financé qu'à hauteur de 57%.

Jamal Benomar a également exprimé la détermination des Nations Unies à continuer de soutenir une transition qui est «unique dans la région» et qui est basée sur une feuille de route claire. «C’est une transition qui bénéficie de l’appui et du soutien écrasant de la population. C’est une transition qui offre la possibilité d’une participation significative de tous – hommes, femmes, jeunes et vieux “, a-t-il dit. «C’est une transition qui offre une réelle opportunité de libérer le potentiel que nous voyons tous au Yémen.”

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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24/11/2014
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