Nouveau plan de conservation des requins : Veronika Lenarz explique pourquoi il faut s'en réjouir

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Les représentants de gouvernements issus de 50 pays se sont réunis à Bonn, en Allemagne, pour la première réunion des signataires du Mémorandum d'Entente sur la conservation des requins migrateurs, conclu sous l'égide de la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS).

Les participants ont adopté un nouveau plan de conservation, dont l'objectif est de catalyser les initiatives régionales afin de réduire les menaces auxquelles les requins migrateurs doivent faire face. Par ailleurs, les États signataires ont convenu d'impliquer les représentants du secteur de la pêche, les ONG et les scientifiques dans la mise en œuvre du plan de conservation.

Dans le cadre de l'accord, les pays ont convenu d'échanger les informations entre les organes gouvernementaux, les institutions scientifiques et les ONG. Un meilleur suivi et une meilleure collecte des données permettront d'évaluer la structure, les tendances et la répartition des populations de requins, éléments nécessaires afin d'élaborer des mesures de conservation ciblées.

L'accord sur la conservation des requins migrateurs (2010) est le premier instrument international dédié à ces animaux et vient compléter un ensemble d'accords existants sur la faune sauvage et la pêche.

Comme les requins migrateurs traversent les hautes mers et les eaux nationales de différents États, une collaboration plus étroite entre les pays est nécessaire afin de traiter la surpêche et autres menaces.

« La Convention sur la conservation des espèces migratrices accueille avec enthousiasme la coopération continue entre les gouvernements et les partenaires et encourage vivement les participants à entreprendre des actions significatives afin de promouvoir la conservation des requins dans leurs eaux territoriales et en haute mer, » a déclaré Elizabeth Maruma Mrema, Secrétaire exécutive par intérim de la CMS.

Les requins sont gravement menacés partout dans le monde. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a classé 17 pour cent de plus de 1 000 espèces évaluées comme étant en danger, selon les critères de sa « Liste rouge ». La cause principale du déclin de ces populations est la surpêche. Les requins sont capturés de manière intentionnelle ou par « capture accessoire » accidentelle via presque tous les types de pêche du monde entier.

Le nouveau plan de conservation encouragera la recherche sur les activités des sociétés pêche en ce qui concerne la capture accidentelle et directe des requins, dans le but de garantir une capture durable des requins.

Les gouvernements travailleront plus particulièrement avec les sociétés de pêche, les organisations régionales de gestion des pêches, les scientifiques et les ONG afin d'éviter la capture de deux des plus grands requins au monde : le requin pèlerin et le grand requin blanc. Ces espèces de requin sont considérées comme étant des espèces migratrices en danger d'extinction et sont répertoriées dans l'Appendice I de la CMS.

D'autres espèces sont visées par le plan de conservation dont le requin mako, l'aiguillat, le requin taupe, le requin pèlerin, le grand requin blanc et le requin-baleine.

Les pays ont également insisté sur le fait que la capture accidentelle de requins dans les engins de pêche devait être régulée de manière plus stricte. Les participants à la réunion de Bonn ont convenu d'encourager la mise en place de quotas afin de garantir une utilisation durable des requins ciblés et des limites plus strictes pour les espèces de requin en danger d'extinction. Il n'existe à ce jour aucun quota de pêche international pour les requins mako à petit et à grand aileron, qui traversent les bassins océaniques, sont pêchés dans de nombreux pays et sont couverts par l'accord de la CMS.

En outre, le plan de conservation suggère que les requins soient débarqués sur terre avec leur nageoire attachée afin d'empêcher la « pêche aux ailerons » (qui consiste à découper la nageoire du requin avant de rejeter le corps à la mer). La forte valeur des ailerons a créé une incitation économique pour la « pêche aux ailerons » de requins mais, à ce jour, plus de 60 nations pratiquant la pêche, dont les 27 États membres de l'Union Européenne (UE), ont interdit cette pratique.

Toutefois, dans l'UE et dans d'autres pays, découper les requins à bord des bateaux est encore autorisé dans certains cas. Cela signifie que les ailerons de requin peuvent être détachés des carcasses et entreposés séparément, dans une limite de poids ailerons/carcasses qui peut être difficile à mettre en œuvre. En 2011, la Commission européenne a proposé de mettre fin à ces permis et d'exiger que les requins soient débarqués sur terre avec leur nageoire attachée. Le 19 mars 2012, le Conseil de l'Union Européenne a approuvé l'approche de la Commission. La proposition est actuellement débattue par le Parlement européen.

On estime que 26 à 73 millions de requins sont tués chaque année pour faire vivre le marché mondial des ailerons de requin. Ces derniers, utilisés dans le potage aux ailerons de requin, plat traditionnel asiatique, représentent un des produits de la pêche les plus précieux au monde. Le prix des ailerons de requin a atteint plus de 700 $ le kilo en 2011, selon l'Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).

Les requins sont également recherchés pour leur viande et leur huile de foie et, de plus en plus, leur squelette cartilagineux est également mis sur le marché.

La plupart des requins sont des espèces qui vivent longtemps, grandissent lentement, atteignent leur taille adulte tard et se reproduisent peu. Ces facteurs biologiques rendent les requins particulièrement vulnérables à la surpêche et signifient que les populations peuvent mettre du temps à se rétablir une fois éteintes.

Des représentants d'autres organes de l'ONU, tels que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (OAA), ainsi qu'INTERPOL ont également participé à la réunion des signataires, en plus de s'occuper des représentants des ONG et des experts en pêche au requin.

La CMS travaille avec la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (OAA) et les organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) afin de promouvoir la conservation et l'utilisation durable des requins.

La Convention sur la Conservation des espèces migratrices de la faune sauvage, également connue sous le nom de Convention de Bonn, travaille à la conservation d'un ensemble varié d'animaux migrateurs en danger d'extinction dans le monde entier au travers de négociations et de la mise en place d'accords et de plans d'action. La Convention est gérée par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Avec 117 pays membres, le PNUE/CMS est une convention en pleine croissance avec une expertise spécifique en matière d'espèces marines. Le Mémorandum d'Entente de la CMS sur la Conservation des requins migrateurs est entré en vigueur en mars 2010 et compte 25 signataires à ce jour. C'est le premier traité intergouvernemental qui traite spécifiquement de la conservation des requins au niveau mondial. www.cms.int

(Interview : Veronika Lenarz, chargée des relations publiques au Secrétariat PNUE/CMS sur la conservation des espèces migratrices ; propos recueillis par Cristina Silveiro)

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23/07/2014
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