Nord-Kivu: écoles et commerces fermés à Goma malgré l'accalmie sur la ligne de front

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Des déplacés fuyant les affrontements entre FARDC et M23 tentent de trouver refuge dans la ville de Goma (Photo : Sylvain Liechti)

Au lendemain de l'offensive des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) aux abords de Goma, la plupart des commerces, écoles, marchés et banques du centre-ville n'ont pas ouvert ce lundi 19 novembre malgré l'accalmie sur la ligne de front à Munigi, 10 km plus loin. Seuls certains services de l'Etat ainsi que le transport en commun fonctionnent normalement. Un communiqué officiel du gouvernement provincial a invité les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l'école.

Mais dans les quartiers populaires de Goma comme Birere, Katindo, Ndosho et la zone résidentielle de Himbi à l'ouest de la ville, la vie est légèrement plus mouvementée. La population se ravitaille en denrées de premières nécessités dans les quelques boutiques ouvertes.

Contrairement à la veille, les militaires sont moins présents dans la ville. Les éléments de la police-militaire auraient arrêtés les militaires en divagation depuis hier.

D'un camp de déplacés à un autre

Sur la route depuis les combats de dimanche entre militaires et rebelles du M23, les déplacés du camp de Kanyaruchinya situé au nord de Goma ont pris la direction du camp de Mugunga, au sud de la ville.

Certains ont passé leur nuit au bord de la route. D'autres sont logés par des familles d'accueil dans des cabanes de fortune.

Les déplacés qui sont arrivés à Mugunga disent manquer de tout. « Nous craignons premièrement la famine car il n'y a ni nourriture ni eau », confie un déplacé, indiquant avoir entendu que quatre personnes sont mortes de faim dans le camp.

Les humanitaires redoutent un « drame si les mesures nécessaires ne sont pas prises ».

« Le plus grand problème se situe au niveau de la distribution de l'eau. Je crains la propagation des maladies hydriques », affirme Esmar Sokoni de l'Association Santé Femme (Asaf).

Le camp de Mugunga compte actuellement plus de quatre-vingt-dix mille déplacés qui ont fui les combats entre militaires et rebelles dans leurs localités, depuis le mois de juin pour certains.

La société civile du Sud-Kivu envisage des actions

Dans une déclaration faite ce lundi 19 novembre à Bukavu, la société civile du Sud-Kivu demande au gouvernement congolais de prendre ses responsabilités, promettant de déclencher « une série d'activités d'envergure et une mobilisation populaire jusqu'à ce que toute la province du Nord-Kivu soit mise à l'abri de l'activisme du M23».

Patrice Wabaguma, membre du bureau de coordination de cette structure, demande au gouvernement de s'expliquer « clairement autour de l'histoire du M23 », avouant « ne plus rien comprendre ».

« On est fâché, on est fatigué. Tout pouvoir qui n'est pas à mesure de répondre aux attentes de la population est un pouvoir fichu et doit être foutu dehors », estime-t-il.

Cinq ministres du gouvernement dont celui de la Défense, de l'Intérieur et de l'Education séjournent depuis le dimanche à Bukavu. Ils ont été reçus ce lundi par le gouverneur du Sud-Kivu, Marcelin Chishambo, et doivent se rendre prochainement au Nord-Kivu.

Le compte-rendu de la réunion extraordinaire du Conseil de ministres tenue le samedi dernier indique que ces ministres sont chargés « d'organiser les secours d'urgence en faveur des victimes de cette dernière vague d'agression ».

Les combats entre militaires et rebelles du M23 ont repris le jeudi 15 novembre dernier à Kibumba, à 30 km de Goma. Après avoir pris le contrôle de cette localité, ces rebelles se sont positionnés à 10 km du chef-lieu du Nord-Kivu à Munigi. Ils exigent du gouvernement congolais la cessation des hostilités et des négociations directes.

Ces négociations doivent impliquer notamment l'opposition congolaise, la société civile ainsi que la diaspora. Selon un communiqué du mouvement rebelle, elles devront porter sur la démilitarisation de la ville de Goma et de son aéroport-contrôlé par l'armée loyaliste appuyée par la Monusco-, ainsi que la réouverture de la frontière de Bunagana.

(Reportage de Gisèle Kaj, Radio Okapi)

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22/07/2014
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