Entretien avec Hervé Ladsous : « La MONUSCO reste à Goma pour alléger les souffrances profondes des populations civiles »

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Hervé Ladsous au Conseil de sécurité (Photo ONU/Rick Bajornas)

Après la prise de Goma par les M-23 et la fuite des FARDC, que compte faire la MONUSCO pour exécuter pleinement son mandat? L'action diplomatique de ces derniers jours pourra-t-elle freiner l'avancée des groupes rebelles? Faut-il un mandat encore plus robuste pour la Mission de stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO)? Dans cette interview exclusive à la Radio des Nations Unies, Hervé Ladsous, Secrétaire général Adjoint des Nations Unies aux Opérations de Maintien de la paix, explique que la MONUSCO continuera plus que jamais à protéger les civils et les populations qui souffrent.

Radio des Nations Unies- Au lendemain de la prise de Goma par les M-23 et après la chute de Saké et la fuite des FARDC, la MONUSCO a toujours le contrôle de l'aéroport de Goma. Que vous disent vos collègues sur le terrain? Quel est l'état de la situation sur place?

Hervé Ladsous- Je voudrais d'abord saluer la qualité et la force d'engagement de nos collègues de la MONUSCO. Ils font un travail malheureusement méconnu mais remarquable dans des conditions qui sont épouvantablement difficiles. Le Conseil de sécurité a adopté mardi soir une résolution qui marque avec une unanimité totale la condamnation de tous ces actes commis par les rebelles du M-23, notamment leurs actes contre les civils, la violence qu'ils ont générée, les recrutements d'enfants, les viols de femmes… Tout cela est évidemment inacceptable et c'est dans ces conditions que le Conseil de sécurité a exigé que le M-23 revienne à ses positions d'origine et arrête tout de suite toutes ces violences. La question est souvent posée de savoir que font les gens de la MONUSCO dans tout cela? Là je crois qu'il faut être très clair. Le mandat de la MONUSCO est double: Il consiste d'abord à appuyer les forces armées de la République démocratique du Congo dans la lutte contre les groupes rebelles, les groupes armés, les Forces négatives. Je dis bien appuyer. Je ne dis pas se substituer. Appuyer c'est ce que nous avons fait tout au fil des mois. C'est ce que nous avons encore fait la semaine dernière quant le M-23 a lancé son offensive. Seulement depuis et pour une série de raisons, les FARDC ont disparu de la scène. Alors à partir du moment où nous sommes seuls en présence du M- 23, il est évident que le mandat n'est pas de casser du M-23 en direct. En revanche, dans un contexte encore aggravé par la disparition d'une grande partie des autorités civiles -car c'est cela même qui s'est produit ces deux derniers jours à Goma-, il est important de faire tout ce qui peut être fait pour mettre en œuvre le second aspect et je dirai même l'aspect principal du mandat de la MONUSCO. Il s'agit d'ailleurs de la partie la plus robuste de ce mandat: la protection des civils. Il faut montrer à tous que nous sommes derrière tous ces groupes vulnérables et que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher que ces groupes ne soient davantage pris pour cible.

Radio des Nations Unies- Alors, du fait de la situation actuelle, la MONUSCO devra-t-elle collaborer avec les groupes qui occupent en ce moment l'espace à Goma et à Saké pour s'assurer que ces groupes armés ne vont pas s'en prendre aux civils?

Hervé Ladsous- Collaborer non ce n'est pas le mot. Il y a une situation de fait bien sûr. Il y a certainement des positions à prendre, mais je crois que le mot collaboration ne convient pas.

Radio des Nations Unies- Les groupes armés menacent d'avancer et de s'enquérir de Bukavu, de Kisangani et même de Kinshasa. Y a-t-il un plan au niveau diplomatique et du maintien de la paix pour empêcher cette avancées?

Hervé Ladsous- Il est clair qu'il y a actuellement une série d'initiatives diplomatiques. Il y a eu mardi la réunion ministérielle de la Conférence internationale des Grands lacs. Il y a eu mercredi un Sommet des trois Chefs d'État concernés; un sommet qui s'est tenu en présence et avec la participation active d'un émissaire personnel du Secrétaire général des Nations Unies. Il faut espérer qu'entre tout cela des solutions politiques vont se dégager, car clairement la logique militaire ne nous permettra pas de sortir de cette situation douloureuse.

Radio des Nations Unies- Comme son nom l'indique la MONUSCO est une Opération de stabilisation de la paix. Mais beaucoup de vois se sont élevées au sein du Conseil de sécurité, notamment la voix de la France et ce en faveur d'un mandat plus robuste pour la MONUSCO. L'opération de l'ONU en RDC, pourra-t- elle avoir un mandat plus robuste que son actuel mandat qui l'est déjà? Que signifie un mandat plus robuste: plus d'hommes, plus d'équipements, plus de moyens logistiques?

Hervé Ladsous- Je l'ai déjà dis à plusieurs reprises, dans toute la panoplie des résolutions concernant nos 17 Opérations de maintien de la paix à travers le monde, le mandat de la MONUSCI est le mandat le plus robuste par excellence. Alors évidemment tous ces mandats sont fixés par les États Membres du Conseil de sécurité et il est loisible au Conseil de réexaminer la question. Ce que je voudrais dire, c'est qu'à ce stade nous devons aussi tenir compte des avis des pays contributeurs de troupes. Je crois qu'un certain nombre de pays se sont portés volontaires pour participer à cette Opération de stabilisation. Mais au-delà d'un certain degré supplémentaire de robustesse, si on peut ainsi utiliser ce mot, je crois savoir que certains auraient des hésitations. Donc il faut trouver le compromis exact. Tout cela va faire l'objet de consultations dans les semaines qui viennent. J'ai réuni les représentants des contributeurs de troupes aujourd'hui même. Il y aura d'autres réunions et puis le Secrétaire général est requis -par la résolution 2076 votée mardi par le Conseil de sécurité-, de faire un rapport sur la possibilité de certains redéploiements. Tout cela va être examiné en parfaite coordination et consultation avec les différents acteurs.

Radio des Nations Unies- Le débat sur la stabilisation des frontières et l'établissement d'une Force internationale neutre pour venir en aide à la MONUSCO, est-il toujours d'actualité?

Hervé Ladsous- Il y avait en fait deux choses qui étaient sur la table. Il y a d'une part un mécanisme élargi de vérification conjointe, élargie qui doit clairement entrer dans une phase beaucoup plus opérationnelle et nous allons voir ce que nous pouvons faire pour le renforcer. Il y a effectivement d'autre part, le concept d'une force internationale neutre et là aussi il y a du travail à faire parce que le concept manque encore un peu de substance. Je crois qu'il faut justement le creuser et le préciser.

Radio des Nations Unies- Et juste un mot de la Fin, une pensée pour les populations qui souffrent à l'est de la Rdc. Vous avez dit à plusieurs reprises, au Conseil de sécurité et dans un point de presse que la MONUSCO était plus que jamais motivée pour protéger les populations civiles?

Hervé Ladsous- La MONUSCO reste à Goma. C'est cela le message. Elle reste à Goma avec la volonté de se concentrer sur la partie du mandat qui en est l'essentiel ; à savoir la protection des civils. Donc il est important que nous soyons informés du maximum d'évènements qui se produisent et des violences qui sont sur le point de se déclencher pour pouvoir essayer –par notre présence- d'alléger des souffrances qui je le mesure bien sont profondes et plus que jamais inacceptables. Mais les responsables en seront tenus responsables.

Propos recueillis par Maha Fayek

 

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01/08/2014
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