Corruption et terrorisme : la lutte tous azimuts de l'ONU contre la criminalité

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En raison des conditions météorologiques exceptionnelles créées par les conséquences de l'ouragan Sandy sur la ville de New York et le Siège des Nations Unies, nous vous proposons, dans cette édition spéciale, de réécouter ce reportage sur la lutte contre le terrorisme et la corruption.

En juillet dernier, la communauté internationale a examiné durant deux jours à New York la mise en œuvre de la Stratégie mondiale des Nations Unies contre le terrorisme. L’examen a mis l’accent sur la nécessité de créer un poste de Coordinateur de la Stratégie, qui travaillera en relation étroite avec les Etats Membres et le Secrétariat de l’ONU. Autres priorités : la coopération internationale notamment en ce qui concerne le contrôle des mouvements transfrontaliers, le renforcement des stratégies nationales et régionales, sans oublier la question des droits de l’homme observée tant du côté des auteurs d’attentats que de celui des victimes.

En préambule à la réunion, un séminaire avait permis de développer une réflexion sur la question de l’attrait qu’exerce le terrorisme, un attrait souvent accru par l’absence de dialogue, la haine et l’intolérance, mais aussi le prosélytisme en milieu carcéral.

Par ailleurs, également durant l'été, le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) a organisé un débat sur les thèmes de la corruption et de la création d’emplois. Au cours des deux premiers dialogues organisés dans le cadre du débat de haut niveau, les ministres et hauts représentants se sont penchés sur le thème de « la responsabilité, la transparence et le développement durable », un examen qui leur a offert l’occasion d’exprimer haut et fort leur engagement en faveur du renforcement de la lutte anticorruption.

Lors de son intervention, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, après avoir souligné que « le développement durable n’est possible que par la promotion de la responsabilité », a relevé que l’an dernier, la corruption avait empêché 30% du montant total de l’aide au développement (APD) d’arriver à ses véritables destinataires, ce qui représente autant d’écoles, de ponts et d’hôpitaux qui ne seront pas construits.

La corruption est un obstacle majeur dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), avait auparavant, souligné, pour sa part le Vice-Secrétaire général de l’ONU, Jan Eliasson.

Les pays en développement sont privés chaque année de 40 milliards de dollars en raison de faits de corruption, a quant à lui précisé Yury Fedotov, le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). Mille milliards de dollars sont payés chaque année en pots-de-vin à travers le monde, a ajouté le représentant de l’Académie internationale de lutte contre la corruption.

De son côté, Helen Clark, l’Administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a donné l’exemple du prix de l’eau, qui est parfois 30% plus cher qu’il ne devrait être à cause de pratiques de corruption.

Parmi les mesures à prendre pour renforcer la lutte contre la corruption, plusieurs intervenants ont insisté pour que les pays en développement bénéficient d’une assistance technique pour appliquer la Convention des Nations Unies contre la corruption. Entrée en vigueur en 2005, la Convention a été ratifiée par 160 pays. Cadre général de lutte contre la corruption, ce texte a établi un mécanisme d’évaluation par les pairs.

Les États Membres participant au débat, comme le Panama, la Fédération de Russie, l’Afrique du Sud, la République-Unie de Tanzanie, le Brésil, l’Autriche, ont témoigné des efforts déployés par leur gouvernement dans ce domaine, souvent avec le soutien de la société civile. Le Maroc, où a été adoptée la Déclaration de Marrakech en faveur de la prévention de la corruption, a notamment créé une unité de lutte contre le blanchiment d’argent, tandis que le Cameroun a créé un organe indépendant de lutte contre la corruption, ont indiqué les délégations de ces deux pays. S’exprimant pour la Sierra Leone, l’ancien Commissaire de la Commission anticorruption de ce pays a fait part de l’expérience acquise par cette Commission qui a pu accélérer ses travaux depuis 2008.

En outre, le rôle croissant que doit jouer la société civile pour aider les gouvernements dans la lutte contre la corruption a été souligné à plusieurs reprises, à l’aide d’exemples donnés par des représentants d’organisations non gouvernementales, dont « Alliance pour la justice pénale » et « Transparency International ». Au niveau des entreprises, un Partenariat contre la corruption (PACI) a été lancé en 2004, auquel 180 entreprises ont adhéré en mettant en place une politique de tolérance zéro pour les pratiques de corruption, a dit un intervenant.

Du côté des institutions internationales, l’UNODC a mis au point un manuel de bonnes pratiques à destination du monde des affaires, a indiqué le Directeur exécutif de cet Office, Yury Fedotov. Avec la Banque mondiale, l’Office a lancé l’Initiative STAR relative à la restitution des avoirs acquis de manière illicite. En conclusion de ce débat, le Directeur exécutif de l’UNODC a suggéré la mise en place d’un large partenariat entre les secteurs privé et public, avec l’implication de la société civile, des médias, des jeunes et des femmes, afin d’optimiser les chances de réussite de la lutte contre la corruption pour mettre fin à ce fléau.

Au cours de la table ronde thématique de l’après-midi, le Ministre d’État et Président de la Commission des privatisations du Bangladesh, ainsi que des représentants du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, de la Banque mondiale, et de l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont débattu sur le thème de la « mise en œuvre des politiques macroéconomiques efficaces pour créer des emplois ».

L’économiste en chef du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale a notamment indiqué qu’une bonne stratégie d’emploi doit identifier les lacunes propres à chaque pays, afin de pouvoir le conduire au développement. Martin Rama a par ailleurs noté que près de la moitié des travailleurs dans les pays en développement ne sont pas financièrement salariés, car faisant partie du secteur agricole et du secteur informel, et ne bénéficient pas de protection sociale.

 

(Présentation Jérôme Longué; interview de Jean-Paul Laborde, magistrat français, Conseiller à la Cour de cassation, membre du Forum mondial de lutte contre le terrorisme, ancien Président de l’Équipe spéciale du Secrétaire général sur le terrorisme; et de Dimitri Vlassis, Secrétaire de la Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies contre la corruption, Chef du Service de la lutte contre la corruption et la criminalité économique de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime; propos recueillis par Jérôme Longué)

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17/10/2017
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