Sahel : réunion de haut niveau à l'ONU sur la situation dans cette région

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Le Secrétaire général Ban Ki-moon

Une réunion de haut niveau sur la situation dans la région du Sahel a lieu ce mercredi 26 septembre à New York, en marge des travaux de la 67eme session de l'Assemblée générale.

Le Sahel se trouve dans une phase critique. Les troubles politiques, les conditions climatiques extrêmes et les économies fragiles sont autant de facteurs qui sont à la base d'une crise majeure dans cette région africaine.

A la demande du Conseil de sécurité, l'ONU élabore actuellement une stratégie régionale intégrée pour le Sahel qui vise à renforcer les moyens d'action régionaux afin de lutter contre l'insécurité, de prévenir et combattre les crises de grande envergure et de promouvoir la gouvernance démocratique et le respect des droits de l'homme.

Voici le texte intégral du discours de Ban Ki-moon, le Secretaire général des Nations Unies, à l'ouverture de cette réunion:

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

            Le Sahel se trouve dans une phase critique. Les troubles politiques, les conditions climatiques extrêmes et les économies fragiles sont autant de facteurs qui font le lit d'une crise majeure.

            Les peuples et les gouvernements de la région ont besoin de toute urgence du soutien de la communauté internationale.

            Les groupes terroristes, les organisations criminelles transnationales et les insurrections mettent en péril la paix et la prospérité. On assiste à une montée particulièrement inquiétante de l'extrémisme, et les violations des droits de l'homme sont monnaie courante. La traite des êtres humains est en augmentation, de même que le trafic de drogues et la contrebande d'armes.

            À cela s'ajoutent les menaces qui pèsent sur le développement. Les catastrophes naturelles, notamment les inondations, les sécheresses et les essaims d'acridiens, se combinant à la volatilité des prix des aliments sur le marché mondial, portent atteinte à la capacité de résistance des populations.

            En 2012, plus de 18 millions de personnes ont été touchées par une grave crise alimentaire ou nutritionnelle et plus de 1,1 million d'enfants risquent d'être atteints de malnutrition aiguë sévère.

            Cette situation d'urgence est la troisième depuis 2005. Les ménages ne peuvent pas absorber ces chocs répétés.

            En raison de l'instabilité qui règne dans le nord du Mali, plus de 260 000 personnes ont dû fuir pour se réfugier dans les pays voisins, mettant à rude épreuve les infrastructures socioéconomiques déjà fragiles de ces pays.

            Tous les acteurs pouvant exercer une influence sur les groupes opérant dans la région doivent continuer d'insister sur la nécessité de respecter le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme, et de garantir l'accès à l'aide.

            Toute solution militaire proposée pour résoudre la crise de sécurité dans le nord du Mali doit être examinée avec le plus grand soin, car elle pourrait avoir des conséquences humanitaires importantes, notamment provoquer de nouveaux déplacements de population et restreindre l'accès aux organismes humanitaires.

            Il n'y a pas de réponse facile.

            Les causes échappent au contrôle des États pris individuellement et appellent une action régionale concertée.

            À la demande du Conseil de sécurité, l'ONU élabore actuellement une stratégie régionale intégrée pour le Sahel qui vise à renforcer les moyens d'action régionaux afin de lutter contre l'insécurité, de prévenir et combattre les crises de grande envergure et de promouvoir la gouvernance démocratique et le respect des droits de l'homme.

            En premier lieu, la stratégie aidera les pays du Sahel à enrayer la menace terroriste, à combattre la criminalité organisée et à limiter la prolifération des armes, sans oublier la lutte contre le blanchiment d'argent et l'amélioration de la gestion des frontières.

            En second lieu, la stratégie encouragera une large participation, la conciliation et la médiation de manière à désamorcer les tensions à l'intérieur des pays et entre eux. Les rencontres régionales qui rassemblent les responsables des États, les dignitaires religieux, des acteurs de la société civile et des représentants des populations vivant de part et d'autre des frontières constitueront un volet important de ce processus.

            En troisième lieu, la stratégie visera à renforcer la capacité à court et à long terme des populations à faire face à des conditions climatiques extrêmes et aux fluctuations des marchés. Cela signifie qu'il faudra mettre en place des mécanismes régionaux d'alerte rapide, de réduction des risques de catastrophe, d'aide en matière de moyens de subsistance et de protection sociale.

            Enfin, la stratégie mettra en particulier l'accent sur la gestion de l'environnement. Les pays du Sahel doivent mieux réglementer leurs industries extractives, le régime foncier et l'accès à la terre, améliorer la gestion de leurs ressources en eau et s'adapter au changement climatique. L'exploitation d'une énergie renouvelable bon marché doit aussi être considérée comme un élément essentiel de toute action de lutte contre la dégradation de l'environnement.

            Pour mettre au point et exécuter cette stratégie, il faudra organiser d'amples consultations avec nos partenaires d'exécution, notamment les organisations régionales, les partenaires bilatéraux et les États Membres de la région.

            Cette rencontre de haut niveau est une première étape.

            La stratégie exigera en outre une coordination étroite entre les présences de l'ONU dans la région.

            À cette fin, j'ai l'intention de nommer un Envoyé spécial pour le Sahel qui sera chargé de parachever la stratégie et de superviser sa mise en œuvre. Celui-ci devra veiller à la convergence des activités menées par les différents organismes des Nations Unies et aider à mobiliser l'appui et les ressources nécessaires pour atteindre ces objectifs.

Mesdames et Messieurs,

            Le Sahel a une riche histoire et une riche tradition culturelle.

            Grâce à votre appui, il a un riche potentiel.

            Aux peuples de la région, je dis que l'ONU est déterminée à collaborer avec eux pour bâtir un avenir plus sûr, plus stable et plus prospère où les droits fondamentaux de tous seront respectés.

            Cette tâche prendra du temps et demandera des investissements soutenus pour rebondir et reconstruire. Les chefs d'État doivent désormais investir dans des programmes de relance qui permettront à leur population de sortir de la crise alimentaire actuelle et fourniront un cadre pour développer une capacité de résistance à plus long terme.

            Aux membres de la communauté internationale, je dis que cette région mérite votre attention et vos efforts. N'abandonnez pas le Sahel car vous le regretteriez plus tard.

            Unissons dès à présent nos forces pour apporter la paix, la prospérité et les droits de l'homme à tous les peuples du Sahel.

            Je compte sur votre esprit d'initiative. La crise que connaît la région cette année devrait être la dernière.

            Je vous remercie.

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17/09/2014
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