Antonio Guterres : la crise malienne ne peut plus être oubliée

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Antonio Guterres écoute les réfugiés maliens au camp de Damba – Photo :UNHCR Hélène CauxLors d'une conférence de presse donnée ce vendredi à Genève, Antonio Guterres, le patron du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a souligné la grave situation des dizaines de milliers de civils maliens qui ont du fuir les violences dans leurs pays et sont déplacés à l'intérieur du Mali ou qui ont trouvé refuge dans des pays voisins tels que le Burkina Faso, la Mauritanie ou le Niger. Le Haut Commissaire a rencontré les journalistes après avoir séjourné durant trois jours au Burkina Faso cette semaine pour se rendre compte par lui-même de la situation.

Antonio Guterres a regretté le fait que la crise malienne est oubliée, alors que depuis de début de l'année, plus de 250.000 personnes ont fui le Mali, depuis que les combats ont éclaté entre les forces gouvernementales, les rebelles touaregs et divers groupes armés islamistes. En plus des 107 000 réfugiés qu'héberge le Burkina Faso, il y a aussi les 96 000 Maliens en Mauritanie et 53 000 autres qui ont trouvé asile au Niger; sans oublier les 174 000 déplacés à l'intérieur du Mali.

Or la communauté internationale ne semble pas appréhender la gravité du drame qui se joue au quotidien, avec des milliers de Maliens, privés de tout et qui se retrouvent dans des zones quasi-désertiques, dans des pays enclavés, sans littoral. Des conditions qu'Antonio Guterres a voulu vérifier de visu en se rendant cette semaine, au Burkina, en compagnie de la Secrétaire d’Etat américaine adjointe, Anne Richard, dans des camps de réfugiés comme celui de Damba.

Devant les journalistes à Genève, Antonio Guterres a demandé expressément aux pays contributeurs, d'accroître leur soutien à l’opération d'aide aux réfugiés maliens que le HCR et ses partenaires ont lancée. A l'évidence, le programme est gravement sous-financé-dans une région et des pays qui déjà avaient des difficultés pour nourrir leur propre population. Après six mois de conflit au Mali, le HCR reste aux prises avec une sévère pénurie de fonds. Malgré un récent don des Etats-Unis, de 10 millions de dollars, qui s’ajoute à d’autres contributions de bailleurs de fonds, l’agence pour les réfugiés a reçu seulement un tiers des fonds nécessaires pour aider les Maliens déracinés. Concrètement, sur l’appel de fonds de 153 millions de dollars, le HCR n’a jusqu’ici reçu que 49,9 millions.

De plus, Antonio Guterres, n'a pas fait que s'attaquer aux conséquences de la crise malienne. Il en aussi ciblé les causes. C'est pour cela d'ailleurs qu'il a instamment prié la communauté internationale de tout faire pour contribuer à trouver rapidement une solution politique au Mali. Ce qui va dans le sens des efforts déployés ces jours-ci tant par la présidence française du Conseil de sécurité que la CEDEAO, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, efforts qui visent à instaurer un dialogue politique, avec tous les interlocuteurs maliens pertinents mais aussi à rétablir rapidement l'intégrité territoriale du pays.

(Mise en perspective de Jérôme Longué; propos recueillis par Maha Fayek)

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12/12/2017
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