Coopération Sud-Sud : Quand le modèle alternatif devient monnaie courante

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La coopération entre le Brésil et les pays africains est un exemple de coopération Sud-Sud (Photo : FIDA)

Au Siège des Nations Unies à New York se tient actuellement la session de fond du Conseil économique et social (ECOSOC), dont la première semaine de travaux s'est achevée ce vendredi par un débat sur le thème de la coopération pour le développement. Au menu, la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire, où le traditionnel modèle du pays développé aidant un pays en développement fait place à la coopération entre pays en développement, parfois avec le concours d'agences de coopération et de partenaires traditionnels du 'Nord'.

D'entrée de jeu, Deborah Brautigam, Professeure et Directrice du Programme de développement international de l'École des hautes études internationales de l'Université Johns Hopkins à Washington, qui animait l'un des débats, a fait le constat suivant : « La Chine est désormais le principal partenaire commercial de l'Afrique, tandis que l'Inde s'est engagée à verser 5 milliards de dollars pour le développement du continent. »

En d'autres mots, la coopération Sud-Sud, entre pays en développement, est une réalité qu'on ne peut ignorer. D'autant plus que le climat économique actuel laisse bon nombre de pays développés dans une situation précaire, où il devient difficile pour eux d'assumer leur traditionnel rôle de pays donateur au service du développement. Notons à titre d'exemple le Portugal, qui est désormais bénéficiaire de prêts offerts par l'Angola, une ancienne colonie.

Tour à tour, les participants à ce débat de l'ECOSOC, soit les représentants de l'Éthiopie, du Viet Nam et de la Zambie, ainsi que Birama Sidibé, le Vice-Président de la Banque islamique de développement, ont vanté les mérites de la coopération Sud-Sud. Au titre des avantages de ce modèle de développement alternatif, ils mentionnent des conditions de financement plus flexibles, un transfert de connaissances et de technologies mieux adaptés aux conditions locales et surtout, une moindre dépendance aux instruments de coopération provenant des pays développés.

En revanche, tous ne voient pas la coopération Sud-Sud comme une panacée. Adrien Akouélé, Secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale pour l'Afrique, a profité d'une période de questions pour partager ses observations avec les intervenants du débat. « Est-ce que cette coopération réduit aujourd'hui la pauvreté sur le continent africain, la misère sur le continent africain, les maladies comme la paludisme? Est-ce que cette coopération crée du travail et des emplois décents? Je ne crois pas. »

Pour Adrien Akouélé, si la coopération Sud-Sud a des avantages indéniables, elle échoue encore à se traduire par une réduction du chômage en Afrique. Pour que ce modèle alternatif de coopération aboutisse à des résultats concrets, il faut dit-il, éviter le manque de transparence et les solutions « prêt-à-porter » des modèles de coopération traditionnels; impliquer la société civile à toutes les étapes du processus; procéder à une évaluation périodique de la coopération pour en mesurer les résultats; et s'assurer qu'il y ait un transfert de technologies et de compétences pour créer des emplois décents et permettre à plus d'Africains de sortir de l'économie informelle.

(Mise en perspective de Frédéric Choinière, avec un extrait sonore d'Adrien Akouélé, Secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale pour l'Afrique)

LE DERNIER JOURNAL
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17/10/2017
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