INTERPOL/PNUE : une réponse policière à l'exploitation illégale des forêts

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Un employé du service forestier brésilien constate les effets de la coupe illégale dans la forêt de Tapajos (Photo ONU/Eskinder Debebe)

Alors que le thème du développement durable est sur toutes les lèvres, avec la Conférence de Rio tenue ce mois-ci, l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) et le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) ont annoncé plus tôt en juin qu'ils unissaient leurs forces pour lutter contre l'exploitation illégale des forêts.

Le projet LEAF (Law Enforcement Assistance for Forests) vise à soutenir les gouvernements nationaux et les communautés locales dans leur lutte contre cette forme de crime hautement organisé. Selon INTERPOL, entre 15 et 30 % du bois vendu dans le monde serait exploité de manière illégale et son trafic par les réseaux criminels priverait les gouvernements d'au moins 10 milliards de dollars par an, qui échappent au fisc. Étant donné la nature interlope de cette exploitation, cette valeur est approximative et pourrait en fait atteindre 30 milliards de dollars, précise Cilia María Ruiz Paz, du Programme d'INTERPOL contre le crime environnemental.

En plus de priver les gouvernements de revenus, l'abattage illégal et le trafic de bois menacent la biodiversité, contribuent au réchauffement climatique et affectent particulièrement les populations les plus pauvres. Près de 1,6 milliard de personnes – soit plus d'un quart de la population mondiale – dépendent ainsi des forêts pour s'approvisionner en carburant aux fins de chauffage et de cuisson, pour s'alimenter et pour trouver des ingrédients médicinaux.

Les régions principalement concernées par les exploitations forestières illégales sont le bassin amazonien, le bassin du Fleuve Congo, et l'Asie du Sud. Certaines études estiment que plus de 70 % de tout le bois récolté dans l'Amazonie brésilienne provient d'opérations illégales, ajoute Cilia María Ruiz Paz.

Les Etats-Unis, l'Union européenne, la Chine et le Japon sont en revanche les principaux pays consommateurs de ce bois illicite, à hauteur de 80 % selon INTERPOL.

Les gouvernements des pays exportateurs et importateurs ont tous un rôle à jouer dans la lutte contre le crime forestier organisé, qui va au-delà de la simple coupe illégale et comprend souvent corruption, fraude, blanchissement d'argent, extorsion et violence. Le projet LEAF mise donc sur une réponse de nature policière plutôt que sur une simple sensibilisation, de manière à soutenir les gouvernements et à renforcer les capacités de leurs services de douanes, de la police, des autorités forestières et des régulateurs financiers et fiscaux.

Le projet LEAF vise en outre à mieux outiller les communautés locales pour qu'elles jouent un rôle actif dans cette lutte. Les technologies telles que le GPS et le téléphone portable permettent aux citoyens de rapporter avec plus de précision les délits forestiers dont ils sont témoins.

(Interview : Cilia María Ruiz Paz, Programme contre le crime environnemental, INTERPOL ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

Écoutez la version intégrale de l'entrevue avec Cilia María Ruiz Paz, du Programme d'INTERPOL contre le crime environnemental Écouter /
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19/12/2014
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