Droit à l'alimentation : favoriser un régime alimentaire équilibré

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Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation (Photo ONU/Jean-Marc Ferré)

Alors que des populations entières sont victimes d'insécurité alimentaire, 1,3 milliard de personnes souffrent de surpoids ou d'obésité dans le monde. Ce chiffre s'accroît sans cesse, prévient le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter. Ainsi, le droit à l'alimentation ne couvre pas seulement la sécurité alimentaire, mais s’étend aussi au droit à une alimentation adéquate et équilibrée.

« Nos systèmes alimentaires rendent les gens malades, » affirme Olivier De Schutter. « Un septième de la population mondiale est sous-alimentée, et bien plus encore souffrent de la 'faim cachée' provoquée par une carence en micronutriments, tandis que plus d'un milliard de personnes sont en surpoids ou obèses. »

Le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation déplore les limites de la réponse actuelle à cette crise sanitaire publique. « Nous continuons à prescrire des remèdes médicaux : pilules nutritives et stratégies de nutrition précoces pour les personnes en manque de calories ; pilules amincissantes, conseils de style de vie et calcul des calories pour les personnes en surpoids. Mais is nous devons nous attaquer aux problèmes systémiques qui génèrent la mauvaise nutrition sous toutes ses formes, » a déclaré l'expert indépendant lors de la présentation de son rapport sur la nutrition au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, à Genève.

« Le droit à l'alimentation n'implique pas seulement l'accès à une quantité adaptée de nourriture, mais aussi la possibilité d'avoir un régime alimentaire équilibré et nutritif, » a souligné De Schutter. Selon lui, les maladies non transmissibles, telles que le diabète et les problèmes cardiaques, qui peuvent découler de ces mauvaises habitudes alimentaires sont traditionnellement plus présentes dans les pays développés. Mais ces maladies commencent à apparaître de façon alarmante dans les pays qui se développent et s'enrichissent, au fur et à mesure que les régimes alimentaires changent.

En revanche, certains pays en développement exportent de quantités telles de leur production nationale de fruits et légumes vers les pays de l'OCDE, qu'ils doivent compenser en important plus de céréales et de riz, avec pour effet une alimentation moins variés et moins riche en nutriments.

Olivier De Schutter a identifié cinq actions prioritaires pour mettre la nutrition au centre des systèmes alimentaires du monde développé et en développement : taxer les produits préjudiciables à la santé; réglementer les aliments riches en graisses saturées, en sel et en sucre; mettre un frein à la publicité pour la malbouffe; réviser les subventions agricoles peu judicieuses qui rendent certains ingrédients moins chers que d'autres; et soutenir la production alimentaire locale pour que les consommateurs aient accès à des aliments sains, frais et nutritifs.

(Interview : Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation ; propos recueillis par Alpha Diallo)

Classé sous Dossiers, Santé.
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23/10/2017
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