Conférence internationale du Travail : les dirigeants du G20 invités à se mobiliser pour l'emploi des jeunes et la protection sociale

Écouter /

Au cours de la session annuelle de la Conférence internationale du Travail, qui s'est tenue du 30 mai au 15 juin à Genève, des centaines de délégués venus du monde entier – syndicalistes, employeurs et ministres de l'Emploi – ont fait part de leur inquiétude quant à la dérive vers une nouvelle phase de crise qui pourrait gravement nuire aux perspectives de travail décent.

Après quatre ans de reprise économique, la situation globale de l'emploi demeure extrêmement délicate et les prévisions sont tout sauf encourageantes.

Dans l'ensemble des pays du G20, environ 84 millions de personnes sont au chômage, dont 44 pour cent, ou 37 millions, sont de jeunes hommes et femmes.

Dans les économies émergentes, près de 300 millions de personnes occupent des emplois informels à faible productivité, hors agriculture. Dans l'Union européenne, plus de 24 millions de chômeurs sont incapables de retrouver un emploi.

Les taux d'activité ont considérablement chuté dans plusieurs pays. Les dommages à long terme sont graves, avec davantage de personnes sans emploi pendant plus de 12 mois, les jeunes étant les plus vulnérables.

«Les représentants du monde du travail ont envoyé un message très clair au G20 pour se mobiliser en faveur de l'emploi des jeunes et des socles nationaux de protection sociale», a affirmé le Directeur général de l'OIT Juan Somavia qui s'apprêtait à partir pour le Sommet du G20 de Los Cabos.

Ce sont les deux priorités que les dirigeants du G20 avaient identifiées lors de leur dernière rencontre à Cannes, demandant à l'OIT, en collaboration avec d'autres organisations internationales, de soutenir leur action.

«Dans ces temps de grande incertitude, où des centaines de millions de personnes voient leurs aspirations à l'emploi et au travail décent s'amoindrir, les dirigeants du G20 doivent écouter et agir pour restaurer la confiance sur les marchés du travail», a affirmé Juan Somavia.

«Quand les travailleurs ne craignent plus de recevoir une lettre de licenciement et voient leur salaire augmenter à nouveau, leur confiance revient et gagne les investisseurs dans l'économie réelle», a-t-il ajouté.

La Conférence internationale du Travail a adopté un Appel à l'action pour l'emploi des jeunes comprenant un portefeuille détaillé de propositions et de mesures stratégiques, qui ont été testées et éprouvées, en vue de remédier à l'accroissement du chômage chez les jeunes hommes et femmes sans emploi.

Elle a également adopté une nouvelle Recommandation sur l'édification de socles nationaux de protection sociale conçus pour réduire la pauvreté en comblant les lacunes des systèmes d'aide sociale.

Autre résultat à retenir de ces deux semaines de négociations internationales, l'accord sur un programme pour protéger et promouvoir les principes et droits fondamentaux au travail.

«Les peuples évalueront la réussite du G20 à l'aune de son action en faveur de la reprise économique et de la stabilisation financière grâce à une croissance riche en emplois. Le travail décent, c'est ce qu'espèrent les gens partout dans le monde. Ce doit être un objectif majeur de la coopération entre les pays du G20», a ajouté M. Somavia.

Les dirigeants du G20 pourront s'appuyer sur les conclusions récemment préparées par les ministres du Travail et de l'Emploi du G20 (Guadalajara, Mexique, 18-19 mai 2012); sur l'étude conjointe préparée par l'OIT, le FMI, l'OCDE et la Banque mondiale intitulée «Boosting Jobs and Living Standards in G20 Countries» (Relancer l'emploi et le niveau de vie dans les pays du G20); sur le Pacte mondial pour l'emploi de l'OIT grâce auquel plusieurs pays sont sortis plus rapidement de la crise; et sur les trois instruments récemment adoptés par la Conférence internationale du Travail: la nouvelle Recommandation de l'OIT sur les socles nationaux de protection sociale ; le rapport «La crise de l'emploi des jeunes: appel à l'action» adopté à l'unanimité, et le plan d'action sur les principes et droits fondamentaux au travail également adopté par la Conférence.

S'engager pour l'emploi et donner du travail aux gens, cela va bien au-delà d'une action en faveur de la croissance, tout comme agir pour la croissance ne se résume pas à la stabilisation financière ni à l'assainissement des finances publiques. En priorité, les dirigeants du G20 devront accorder leur attention à l'emploi et aux travailleurs.

«La croissance est indispensable mais elle ne peut plus être le seul critère de l'économie mondiale. La création d'emplois de qualité, en particulier pour les jeunes, la réduction de la pauvreté et du travail informel, l'accès à des possibilités d'emploi pour tous, notamment la constitution de larges classes moyennes, la réalisation progressive de la couverture universelle grâce aux socles de protection sociale, voilà les critères qui devraient permettre de mesurer la réussite macroéconomique», a déclaré M. Somavia.

A cet effet, l'OIT soutient fermement l'appel en faveur d'un dialogue et d'une coopération approfondis entre les ministres des Finances et les ministres du Travail qu'ont récemment réclamés les ministres du Travail du G20.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
15/12/2017
Loading the player ...