Afrique : ne pas privilégier la croissance au détriment de l'écologie, selon la CNUCED

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Photo : CNUCED

L'Afrique ne doit pas privilégier la croissance au détriment de l'écologie, annonce la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), dans une nouvelle étude publiée ce mercredi 13 juin.

Selon ce document, l'Afrique, continent où la mise en place d'économies complexes et modernisées s'est amorcée tardivement, devrait adopter autant que possible une stratégie qui utilise ses abondantes ressources naturelles d'une manière efficace et écologique. Objectifs : permettre tout à la fois d'élever le niveau de vie des populations et de protéger l'environnement, tel que le préconise la CNUCED dans un nouveau rapport.

Tandis que le reste du monde afflue sur le continent, en quête de ressources qui se raréfient partout ailleurs, l'Afrique, en dépit de ses ressources abondantes, enregistrait une consommation intérieure de matières par habitant de 5,3 tonnes en 2008 − soit environ deux fois moins que la moyenne mondiale. Les 13,4 % de la population mondiale qui vivaient en Afrique en 2008 n'utilisaient que 5,5 % environ des ressources consommées à l'échelle mondiale. À mesure que la consommation intérieure de matières, inévitablement, augmentera sur le continent, une planification rigoureuse sur le plan intérieur et un renforcement de l'aide financière et des transferts de technologie internationaux seront indispensables pour permettre, selon les termes du rapport, une «transformation structurelle durable».

L'enjeu est de moderniser les économies du continent − et notamment de développer leurs capacités industrielles − par l'utilisation et la consommation efficaces des ressources naturelles intérieures, de façon à ne pas répéter les erreurs commises dans d'autres pays au début de l'industrialisation. L'expérience passée a montré que l'industrialisation et la transformation structurelles − c'est-à-dire le passage de la production économique à des biens de plus grande valeur, plus variés et plus complexes − se sont souvent faites au détriment de l'environnement, par une utilisation intensive des ressources naturelles.

Le rapport se fonde sur une analyse approfondie de l'utilisation des ressources et de la productivité en Afrique. Il montre que l'Afrique reste un acteur modeste sur la scène mondiale du point de vue de l'extraction totale des ressources et de la consommation intérieure de matières, même si son utilisation des ressources s'accroît rapidement.

Le fait qu'une consommation intensive d'énergie et de matières premières ne soit pas encore apparue sur le continent constitue une chance, fait valoir cette étude. Compte tenu des niveaux actuels de technologie et de savoir-faire, et du fait que les pays économiquement avancés doivent eux aussi accomplir la transition difficile vers une production «verte», il serait possible, et souhaitable que les pays africains s'engagent directement dans cette voie.

L'Afrique ne représentait que 7,2 % de la consommation mondiale totale de matières en 2008, contre 6,8 % en 1980. Néanmoins, l'utilisation intérieure de matières a augmenté de 92 % entre 1980 et 2008. L'utilisation d'énergie reste faible, n'ayant augmenté que de 16,3 % sur la même période. Dans la mesure où l'Afrique − venue tard à l'industrialisation en raison de diverses contraintes intérieures et extérieures − n'est pas encore parvenue à utiliser ses ressources naturelles abondantes et à tirer parti de ses sources d'énergie pour mettre en place des économies industrielles modernes, elle devrait aujourd'hui se lancer dans le processus armée des meilleures connaissances, stratégies et technologies possibles.

Le rapport fait valoir que l'Afrique ne doit pas faire sienne la stratégie adoptée par les pays industrialisés actuels consistant à privilégier la croissance immédiate en remettant à plus tard les considérations environnementales. Le continent devrait suivre une voie différente qui concilie croissance économique et rationalité écologique.

Une transformation structurelle durable sera difficile à mettre en œuvre en Afrique, et il n'existe pas de solutions toutes faites. Il appartiendra à chaque pays de mettre au point des stratégies et des politiques en fonction de ses priorités sectorielles, de ses ressources prioritaires, de ses problèmes d'environnement, de sa situation de départ et de ses capacités intérieures. L'accent devra être mis sur l'utilisation efficace et durable des ressources dans les domaines de l'énergie, de l'industrie et de l'agriculture, notamment. Les pays qui ont déjà bien progressé dans cette voie sont notamment le Kenya, Maurice et l'Afrique du Sud (en Afrique) et la Chine (parmi les grands pays en développement).

Le rapport exhorte les Gouvernements africains à passer de sources d'énergie traditionnelles à des sources modernes et moins polluantes en alimentant leurs économies de plus en plus au moyen d'énergies renouvelables comme l'éolien, le solaire et l'hydroélectrique, toutes les fois que ces sources d'énergie sont économiquement et écologiquement viables. Il ajoute que le développement de l'agriculture biologique s'est avéré constituer un moyen écologiquement viable d'augmenter les récoltes, d'assurer des prix plus élevés aux exploitants et d'inciter les populations à rester dans le secteur agricole plutôt que de rejoindre les vastes mouvements migratoires vers les villes du continent.

Pour parvenir à transformer ses économies de manière durable, l'Afrique devra renforcer son aptitude à obtenir et utiliser des technologies écologiquement viables et à les adapter aux conditions locales, indique le rapport. La capacité d'innovation technologique locale sera décisive tant il est vrai que ce type d'initiatives et d'adaptations fonctionnent mieux dans un contexte local.

Dans l'ensemble, le processus aura besoin d'un appui soutenu de la communauté internationale, estime le rapport. Les pays développés devront accorder une aide financière plus importante à l'Afrique, en particulier à des secteurs productifs comme l'énergie. Il sera tout aussi indispensable d'accroître les transferts de technologie des pays développés et des pays émergents vers l'Afrique, d'accroître la coopération «Sud-Sud» en matière d'utilisation et d'adaptation des technologies vertes, et de rendre plus souple la conception du régime international des droits de propriété intellectuelle. Des «marges d'action» plus importantes seront aussi nécessaires aux Gouvernements africains de façon à pouvoir utiliser les apports de fonds et de technologies plus efficacement en fonction de leur situation particulière. Le rapport préconise une plus grande cohérence au niveau international dans les politiques en matière de commerce, d'environnement et d'investissement, de manière à favoriser cette transformation structurelle durable plutôt que d'empêcher celle-ci.

(Extrait sonore : Taffere Tesfachew, Directeur de la Division de l'Afrique, des pays les moins avancés et des programmes spéciaux à la CNUCED)

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13/12/2017
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