Lutte contre l'homophobie: « punir la violence et la haine… et non l'amour » dit Navi Pillay

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Photo: HCDH

Depuis 2004, le 17 mai est synonyme pour nombre d’hommes et de femmes de Journée mondiale de lutte contre l'homophobie. Bien que cet évènement ne soit pas reconnu officiellement par les Nations Unies, la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, a saisi l'occasion pour dénoncer la discrimination dont font encore l'objet les minorités sexuelles.

« Partout dans le monde, les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres (LGBT) de tous âges sont victimes d'actes de harcèlement et de discrimination – au travail, à la maison, à l'école et dans de nombreuses autres situations de la vie courante », dénonce la Haut Commissaire dans sa déclaration.

Dans quelque 76 États, avoir un partenaire du même sexe constitue une infraction pénale. « On peut se retrouver arrêté, être la cible d'agressions physiques, être torturé, voire tué, simplement pour vivre une relation amoureuse », poursuit Navi Pillay.

Pour la Haut Commissaire, il est primordial de rappeler que la question des droits des personnes LGBT, si elle suscite encore de l'opposition, ne peut être ignorée. « Lorsque je soulève ce genre de questions, certains s'offusquent de me voir préconiser l'adoption de 'droits nouveaux' ou de 'droits particuliers' pour les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres. Or, le droit à la vie et à la sécurité de la personne, ou le droit d'être à l'abri de la discrimination, n'ont rien de nouveau ni de particulier. Ces droits, comme d'autres, sont universels. Consacrés en droit international, ils sont pourtant déniés à plusieurs de nos semblables, en raison uniquement de leur orientation ou de leur identité sexuelles, » affirme Navi Pillay.

Pour lutter contre les comportements homophobes, la Haut Commissaire rappelle que le meilleur antidote en l'espèce est l'éducation – tant pour les enfants que pour les adultes. Elle invite tous et chacun à communiquer et à s'informer sur le sujet.

Même au niveau des États rassemblés sous l'égide onusienne, il semble qu'un vent de changement commence à souffler. Selon Laïla Bourhil, conseillère en droits de l'homme au Bureau de New York du Haut Commissariat aux droits de l'homme, trois percées récentes sont à noter, d’abord l'adoption d'une première résolution des Nations Unies, en juin 2011, contre la discrimination basée sur l'orientation sexuelle; ensuite la publication d'un premier rapport officiel sur la question, en décembre 2011; et enfin la tenue d'un premier débat formel au Conseil des droits de l'homme, en mars 2012.

Dans sa déclaration, Navi Pillay conclut que les États sont de plus en plus nombreux à prendre conscience de la nécessité d'agir et à faire entendre leur voix, y compris à l'ONU.

La Journée mondiale de lutte contre l'homophobie a vu le jour en 2004, à l'initiative de Louis-Georges Tin, intellectuel martiniquais installé en France. La date du 17 mai a été choisie pour rappeler le retrait, à pareille date en 1990, de l'homosexualité de la « Classification internationale des maladies » de l'OMS.

(Interview: Laïla Bourhil, conseillère en droits de l'homme au Bureau de New York du Haut Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

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20/10/2017
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