Guerre civile en Sierra Leone : Charles Taylor condamné à 50 ans de prison

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Le Tribunal spécial sur la Sierra Leone (TSSL) a décidé, ce mercredi 30 mai 2012 dans la banlieue de La Haye, de condamner l’ex-chef d’Etat libérien à cinquante ans de prison. Une peine que Charles Taylor devra purger dans une prison britannique. L'ancien homme fort de Monrovia avait été reconnu coupable le 26 avril dernier de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. A 64 ans, il est clair que le condamné passera la fin de ses jours en détention. L’accusation réclamait une peine de prison de 80 ans.

« La chambre vous condamne unanimement à une peine unique de 50 ans d’emprisonnement ». Le visage de Charles Taylor est impassible quand le juge samoan Richard Lussick prononce la sentence lors d’une audience publique ce mercredi à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone accuse l'ancien président libérien d'être responsable ou d’avoir aidé et encouragé la guerre en Sierre Léone. Pour justifier cette peine de 50 ans, le juge Lussick reproche  à Charles Taylor « d’avoir planifié certains des crimes les plus haineux de l’histoire de l’humanité ». Une campagne de terreur « dans le seul but d'obtenir le contrôle de la Sierra Leone et l'exploitation de ses diamants », pendant une guerre civile qui avait fait 120.000 morts entre 1991 et 2001.

« Les effets de ces crimes sur les familles des victimes, ainsi que sur la société en général on été dévastateurs », a ajouté le juge Lussick : « la chambre a vu de nombreux survivants pleurer lors de leurs témoignages » devant le TSSL.

L’accusation avait recommandé le 3 mai une peine de 80 ans de prison contre M. Taylor. La défense estimait la peine recommandée « disproportionnée et excessive ». Les juges ont toutefois estimé qu’une peine de 80 ans de prison était « excessive », rappelant que Charles Taylor avait été reconnu coupable d’avoir eu un rôle crucial dans l’exécution des crimes sans pour autant avoir eu le contrôle effectif des rebelles sierra-léonais qui les ont directement commis. Ils ont toutefois retenu comme circonstances aggravantes le fait que M. Taylor avait « trahi », selon eux, la position de « confiance publique » dans laquelle il se trouvait en tant que président du Liberia ainsi que le fait qu’il n’ait montré aucun remords.

Chargé de juger les responsables des atrocités commises en Sierra Leone, le TSSL ne prononce pas de peine de prison à vie ou de condamnation à mort mais fixe un certain nombre d’années de prison.

Président de la Sierra Leone de 1997 à 2003, Charles Taylor avait été reconnu coupable le 26 avril des onze chefs d’accusation notamment du viol, meurtre et pillage commis entre 1996 et 2002 en Sierra Leone. Il plaidait non coupable. Si elles souhaitent interjeter appel du jugement et/ou de la peine infligée, la défense et l’accusation doivent le faire dans les 14 prochains jours.

Cette condamnation de Charles Taylor est considérée comme historique car pour la première fois depuis les procès de Nuremberg et la condamnation de l’amiral Karl Donitz, l’éphémère successeur d’Adolf Hitler, un ancien chef d’Etat a été reconnu coupable de crimes par la justice internationale. Pour les défenseurs des droits de l’homme, cette condamnation de Charles Taylor est un message fort envoyé dans la lutte contre l’impunité.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève, avec un extrait sonore de Richard Lussick, Juge au Tribunal spécial sur la Sierra Leone)

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17/10/2017
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