France : l'OIT conseille à François Hollande de donner la priorité à l'emploi

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Raymond Torres, Directeur de l'Institut international d'études sociales de l'OIT

L'Organisation internationale du travail (OIT) a analysé l'élection de François Hollande au second tour des élections présidentielles françaises. Tout au long de la campagne, le candidat socialiste a fustigé l'austérité et proposé  des mesures de relance alors que le pays compte 10 pour cent de chômeurs.

Cette situation de l'emploi fait réagir Raymond Torres, le Directeur de l'Institut international d'études sociales de l'OIT, qui pour lutter contre le chômage conseille au nouveau président de privilégier la croissance.

Les Français ont élu François Hollande à la présidence de la République, faisant de lui le premier socialiste à l'Élysée depuis 1995. Hollande, qui a fait campagne en proposant des mesures de relance plutôt que tournées vers l'austérité, prend le pouvoir au moment où le pays compte 10 pour cent de chômeurs.

Pour essayer de combler son déficit d'emplois qui touche particulièrement les jeunes, la France va devoir impérativement sortir du piège de l'austérité et se tourner vers une stratégie de croissance et d'emploi, estime Raymond Torres. «Ce qui compte maintenant, c'est de favoriser une croissance riche en emplois, de garantir un financement plus progressif de la protection sociale afin qu'il pèse moins sur les bas salaires et d'adopter un programme spécial pour s'attaquer au chômage des jeunes – dont le taux est actuellement deux fois plus élevé que celui des adultes», rappelle Torres, au lendemain de la victoire de François Hollande. «C'est le moyen le plus rapide et efficace pour améliorer la situation de l'emploi.»

Les dernières statistiques du chômage, fondées sur les normes du BIT, dont nous disposons indiquent que la France compte plus de 2,6 millions de personnes sans emploi. Environ 22 pour cent des jeunes Français (âgés de 15 à 25 ans) sont au chômage.

Selon Torres, la France a les moyens de résoudre la crise de l'emploi tout en respectant ses objectifs budgétaires. «La situation de la France en matière financière et de compétitivité est meilleure que certains de ses voisins. Cependant, cela suppose un tournant politique majeur dans la nouvelle période qui s'ouvre.»

«La première étape consiste à sortir du piège de l'austérité qui a caractérisé les politiques dans plusieurs pays européens au cours des deux dernières années», ajoute-t-il. Le Rapport sur le travail dans le monde 2012 de l'OIT qui vient de paraître montre que ces politiques ont été contreproductives parce qu'elles ont affaibli la croissance et l'emploi tout en rendant de plus en plus difficile le respect des objectifs budgétaires.

«De la même manière, les pays membres de l'UE ne doivent pas s'aventurer sur la voie de la dérégulation du marché du travail», explique Raymond Torres. «Dans le contexte actuel de crise, la dérégulation ne fera qu'accroître les pertes en matière d'emploi sans en créer de nouveaux. Bien entendu, il faudra revenir si nécessaire sur certaines règles si elles posent problème. A ce propos, les réformes entreprises avec succès dans un pays comme l'Autriche montrent que le dialogue social constitue un instrument très efficace», poursuit-il.

«La deuxième étape consiste à s'engager dans une stratégie de croissance et d'emploi», affirme encore Torres, ajoutant que «pour parvenir à ce but, il est indispensable de restaurer l'offre de crédit pour les petites entreprises qui sont les principales pourvoyeuses d'emplois nouveaux».

«L'un des outils permettant de relancer le crédit est de renforcer les garanties des banques qui prêtent aux petites entreprises, comme en Allemagne», précise-t-il. «Une autre option consiste à créer une nouvelle institution de crédit qui aura pour vocation d'accroître les investissements dans l'économie réelle, surtout dans les secteurs industriels et les services où le pays dispose d'un avantage comparatif.»

«L'éducation doit également jouer un rôle essentiel», explique Raymond Torres. «La France possède l'un des meilleurs systèmes d'enseignement supérieur. Cependant, de nombreux jeunes sont au chômage. On pourrait songer à instituer une sorte de 'garantie d'activation' comme cela a été mis en place avec succès en Suède. De cette manière, chaque jeune qui n'a pas d'emploi régulier disposerait de la possibilité de retourner à l'école en combinant apprentissage et expérience professionnelle, ou encore bénéficierait d'autres mesures à condition qu'il continue de rechercher un emploi.»

“La France doit agir rapidement pour enrayer le déclin des investissements dans l'économie réelle», conclut Raymond Torres. «En adoptant un plan d'assainissement des finances publiques socialement responsable et en le complétant par une stratégie de croissance et d'emploi, et par une fiscalité plus progressive, il sera possible de réduire simultanément les déficits budgétaires et d'emploi. Un accord avec les autres dirigeants politiques de l'UE sur ces politiques semble désormais davantage à portée de main.»

(Mise en perspective : Frédéric Choinière)

LE DERNIER JOURNAL
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13/12/2017
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