Économie mondiale : les risques persistent malgré la reprise

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Après s'être fortement assombries en 2011, les perspectives de l'économie mondiale s'améliorent de nouveau progressivement, mais les risques de dégradation restent élevés, avertit le Fonds monétaire international (FMI) dans son plus récent rapport intitulé « Perspectives de l'économie mondiale », publié en avril.

La hausse de l'activité aux États-Unis au second semestre de 2011 et l'amélioration des politiques économiques dans la zone euro face à une crise économique qui s'aggrave ont réduit la menace d'un ralentissement brutal de l'économie mondiale. En conséquence, une faible reprise est probable dans les principaux pays avancés, et l'activité devrait rester relativement vigoureuse dans la plupart des pays émergents et des pays en développement. Cependant, les progrès récents sont très fragiles. Les dirigeants doivent continuer d'opérer les changements fondamentaux qui sont nécessaires pour réaliser une croissance saine à moyen terme. Selon les projections, la croissance mondiale devrait tomber d'environ 4 % en 2011 à environ 3,5 % en 2012 à cause de la faiblesse de l'activité au second semestre de 2011 et au premier semestre de 2012.

À mesure que la crise s'écoule, et que les bonnes nouvelles arrivent à propos de l'économie américaine, un certain optimisme revient. Mais il convient de le tempérer, selon le FMI. Même en l'absence d'une nouvelle crise en Europe, la plupart des pays avancés restent confrontés à des problèmes importants qui freinent la croissance. Et le risque d'une autre crise reste bien réel et pourrait toucher à la fois les pays avancés et les pays émergents.

Le FMI établit d'abord un scénario de référence, sans crise sévère, et selon lequel les taux d'intérêt nominaux devraient rester proches de zéro pendant un certain temps, sans pour autant que la demande ne soit plus vigoureuse dans les pays avancés. Ceci s'explique par deux facteurs qui freinent la croissance dans ces pays, à des degrés divers : le rééquilibrage des budgets et le désendettement des banques. Ces deux freins représentent des ajustements nécessaires, mais ils ralentissent tous les deux la croissance à court terme, explique le FMI dans son rapport. La plupart des pays avancés sont en train de rééquilibrer leur budget, ce qui devrait amputer la croissance des pays avancés d'environ 1 point de pourcentage cette année.

Cependant, la plupart des pays émergents disposent d'une marge de manœuvre suffisante pour maintenir une croissance vigoureuse. Comme c'est généralement le cas, la situation varie d'un pays à l'autre. Certains pays doivent prendre garde à la surchauffe, alors que d'autres affichent encore un écart de production négatif et peuvent utiliser leur politique économique pour soutenir la croissance.

En ce qui concerne les risques, les tensions géopolitiques qui perturbent le marché pétrolier en constituent certainement un. Cependant, le risque principal demeure une autre crise grave en Europe, avertit le FMI. La mise en place des pare-feu, lorsqu'elle sera assurée, représentera une avancée majeure. En cas de besoin, des fonds pourront être mobilisés pour aider des pays à survivre aux effets de changements d'opinion défavorables des investisseurs et leur donner plus de temps pour rééquilibrer leur budget et opérer des réformes.

Pour ce qui est de l'action des pouvoirs publics, beaucoup de débats tournent autour de la question de savoir comment trouver un juste équilibre entre les effets négatifs à court terme du rééquilibrage budgétaire et du désendettement bancaire, d'une part, et leurs effets favorables à long terme, d'autre part.

La bonne stratégie reste la même qu'auparavant, explique le FMI sans son rapport. Un ajustement immédiat est nécessaire pour des raisons de crédibilité, mais il faut des engagements crédibles à long terme, en combinant des mesures qui réduisent les dépenses tendancielles et mettent en place des institutions et des règles budgétaires qui réduisent automatiquement les dépenses et les déficits au fil du temps. Des progrès insuffisants ont été accomplis à cet égard, en particulier aux États-Unis et au Japon.

Le FMI conclut que la priorité absolue, mais aussi la plus difficile à réaliser, est peut-être de rehausser durablement la croissance dans les pays avancés, et surtout en Europe. Pour l'instant, l'accent doit être mis sur des mesures qui accroissent la demande. À terme, cependant, il faudra aussi privilégier des mesures qui rehaussent la croissance potentielle. De manière plus réaliste, nuance le FMI, il faut opérer des réformes qui sont utiles à long terme, mais qui ne pèsent pas sur la demande à court terme.

(Interview : Olivier Blanchard, Conseiller économique au Fonds monétaire international; propos recueillis par Lika Gueye, FMI)

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20/10/2017
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