Soudan du Sud : le PAM redoute l'aggravation d'une situation humanitaire déjà précaire

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Des déplacés fuyant l'insécurité au Soudan du Sud

Les humanitaires redoutent une aggravation d'une situation humanitaire déjà précaire à la suite des combats à la frontière du Soudan et du Soudan du Sud. Le Programme alimentaire mondial est extrêmement préoccupé par la détérioration de l'insécurité. Une inquiétude surtout par rapport à ses « programmes humanitaires importants » au Soudan du Sud puisque le PAM espère pouvoir aider près de 2,7 millions durant la « saison maigre » ou saison des pluies qui va de mai à août.

Le PAM redoute une augmentation des taux de malnutrition, notamment au cours de la « saison de la faim » lorsque les stocks diminuent et quand les humanitaires sont obligés d'utiliser les vivres déjà prépositionnés. Le PAM estime qu'il y a au moins un million de personnes qui sont en état d'insécurité alimentaire grave.  Au total, ce sont « 4,7 millions de personnes qui ont un problème d'insécurité alimentaire modérée ou grave ». « Il faut rester extrêmement vigilant », avertit la porte-parole du PAM à Genève.

Selon Elisabeth Byrs, le PAM compte atteindre 2,7 millions de Sud-Soudanais en 2012, notamment les femmes et les enfants qui « sont parmi les plus vulnérables ». Le PAM note que plus d'un demi million d'enfants et de femmes vont recevoir ces suppléments nutritionnels via des programmes dans les écoles pour les plus jeunes. Autre source de préoccupation, les déplacés, mais aussi les Sud Soudanais qui vivaient dans le Nord et qui ont décidé de rentrer à Juba.

Dans cette course contre la montre, le PAM rappelle que pour apporter de l'aide, il faut prépositionner  des stocks de nourriture avant la saison des pluies. « Sinon après, les routes deviennent totalement impraticables », prévient Elisabeth Byrs. A cet égard, le PAM a ainsi prépositionné 61% des stocks pour ses opérations durant cette « saison maigre » au Soudan du Sud, soit 30.000 tonnes de vivres.  « Mais les endroits où il y a cette insécurité sont moins accessibles et il faut continuer ce travail logistique de prépositionnement pour aider ces populations vulnérables », fait remarquer le porte-parole du PAM à Genève.

Dans son dernier bulletin humanitaire publié le dimanche 15 avril dernier, le Bureau de l’ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (Ocha) avait aussi averti que les réfugiés fuyaient en masse les zones de conflit dans les Etats soudanais frontaliers. OCHA estime à plus de 110.000 les réfugiés fuyant les Etats du Nil Bleu et du Kordofan-Sud, à la suite des combats qui opposent, depuis juin, une rébellion sud-soudanaise à l’armée soudanaise. Mais l’ONU s’inquiète aussi du regain de violences entre les armées de Khartoum et de Juba à la frontière entre le Kordofan-Sud et l’Etat d’Unité. « La détérioration rapide de la situation sécuritaire dans l’Etat d’Unité est source de préoccupation croissante », a estimé OCHA dans un rapport.

Malgré ces besoins énormes, les humanitaires doivent faire face à un sous financement de leurs opérations. Par exemple sur l'appel de fonds de 252 millions de dollars du PAM en 2012, il manque encore 133 millions de dollars à l'agence dont le siège se trouve à Rome, en Italie.

(Interview : Elisabeth Byrs, porte-parole du Programme alimentaire mondial à Genève ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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08/12/2017
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