Eau : davantage de ressources nécessaires pour les services d'assainissement et d'approvisionnement

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Le rapport 2012 de l'ONU-Eau, «Analyse et évaluation mondiale sur l'assainissement et l'eau potable » (GLAAS), publié ce jeudi par l'Organisation mondiale de la santé et l'ONU-Eau, confirme que des progrès significatifs ont été enregistrés dans le monde entier en ce qui concerne l'accès à l'eau potable, l'assainissement et l'hygiène (WASH), mais met en garde contre une détérioration de la couverture des services, à moins que des ressources adéquates ne soient mobilisées pour permettre d'effectuer les opérations courantes. Le rapport recommande que des ressources supplémentaires et mieux ciblées soient allouées, notamment pour assurer les opérations de routine et l'entretien des systèmes et services existants.

« Depuis sa première publication en 2007, le rapport GLASS de l'ONU-Eau a mérité sa place parmi les programmes de surveillance et de diffusion de l'information relatifs à l'eau, l'assainissement et l'hygiène, et est de plus en plus souvent utilisé pour la prise de décisions informées», a déclaré Michel Jarraud, Président de l’ONU-Eau et Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale. «Le rapport comble le manque d'informations concernant les politiques nationales sur l'eau et l'assainissement, le financement et les ressources humaines, ce qui est reconnu comme un obstacle majeur au progrès. »

Le rapport GLAAS présente des données provenant de 74 pays en développement (soit 43 pays de plus qu'en 2010) et de 24 agences bilatérales ou multilatérales fournissant 90 % du montant total de l’aide publique au développement. Outre la pénurie chronique de main d'œuvre et de techniciens qualifiés, les pays indiquent manquer de personnel en place pour assurer le fonctionnement et l'entretien des infrastructures d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement. Il ressort des données que les fonds octroyés risquent de ne pas être suffisants pour financer les opérations de routine et l'entretien.

Un pays sur trois souligne ainsi que les revenus sont insuffisants pour couvrir les coûts d'exploitation des services en zones urbaines. 7% seulement de l'aide extérieure est consacrée au maintien des services. Tous ces facteurs compromettent la pérennité des systèmes d'alimentation en eau et d'assainissement dans de nombreux pays.

En dépit de la crise financière internationale, le montant total de l'aide publique au développement affectée à l'assainissement et à l'approvisionnement en eau potable a augmenté de 3% entre 2008 et 2010, pour s'élever à 7,8 milliards de dollars. Toutefois, la moitié de ce montant seulement est destinée aux régions où vivent aujourd'hui 70% des populations qui n'ont pas encore accès à l'eau potable et à des installations sanitaires: l'Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud et l'Asie du Sud-Est. Sachant que moins de 5% des fonds attribués au programme WASH font partie des opérations actuelles d'appui budgétaire sectoriel, l'aide est bien peu alignée sur les priorités nationales.

« En fin de compte, ce rapport vise à l'optimisation des instruments dont nous disposons pour lutter contre l'un des fléaux mondiaux les plus meurtriers – les maladies diarrhéiques – dans tous les secteurs d'activité, contribuant de ce fait aux progrès en matière d'assainissement et d'alimentation en eau, » a déclaré le Docteur Maria Neira, Directrice à l’OMS du Département Santé publique et environnement. « Les progrès importants qui ont été réalisés doivent être consolidés de toute urgence par le biais de l'investissement dans les infrastructures d'eau et, en corollaire, par le renforcement des ressources financières et humaines, afin de continuer à élargir l'accès à l'eau potable et aux services d'assainissement de base ».

La volonté politique est présente et tous les pays ont pris des engagements politiques et financiers depuis 2010 pour relever le défi de l'eau et de l'assainissement. La quasi-totalité d'entre eux ont fixé des cibles nationales transparentes et la plupart ont mis en place des processus de planification et de coordination. Néanmoins, dans de nombreux cas, la volonté politique n'a pas encore réussi à créer l'environnement favorable à l'accélération des progrès, et la planification pâtit d'un manque d'informations et de données adéquates. Malgré des avancées impressionnantes au niveau mondial, la majeure partie des pays ne parviennent pas à remplir leurs propres engagements nationaux: il apparaît que 83% et 70% des pays ont pris beaucoup de retard dans la réalisation des objectifs qu'ils ont définis à l'échelle nationale dans les domaines, respectivement, de l'alimentation en eau potable et de l'assainissement.

Près de 80% des pays reconnaissent le droit à l'eau, et un peu plus de la moitié d'entre eux, le droit à l'assainissement. La reconnaissance des droits d'accès à l'eau potable et à des services d'assainissement de base peut contribuer à canaliser les ressources vers les populations qui ne sont pas encore desservies et à éviter la discrimination au niveau de la fourniture des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène. Cependant, des critères d'équité rigoureux ne sont appliqués que dans un pays sur cinq pour le financement de l'assainissement et par un tiers, pour le financement de l'alimentation en eau potable.

Au-delà de 2015 et de la période de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, il faudra déployer des efforts concertés et allouer d'énormes ressources pour atteindre de nouveaux objectifs d'accès universel à l'eau potable et à l'assainissement. Il peut s'avérer être aussi important de se focaliser sur une gestion efficace des infrastructures existantes afin de maintenir les services que sur la mise en place de nouvelles infrastructures. Pour mieux cibler et utiliser judicieusement les ressources limitées, il sera nécessaire de mieux cerner les domaines d'action et les responsabilités, et d'identifier les paramètres essentiels à la réussite.

Le rapport GLAAS est de plus en plus souvent utilisé comme un outil favorisant les prises de décision avisées et relève le défi de mettre à disposition l'information nécessaire, notamment en élaborant des méthodologies de suivi des flux financiers et d'évaluation de la demande de personnel qualifié.

Le rapport GLAAS de l'ONU-Eau est coordonné par l'Organisation mondiale de la santé. Il examine les apports requis pour élargir et maintenir les systèmes et les services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène. En s'appuyant sur les résultats du Programme conjoint OMS/UNICEF de suivi de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, GLAAS analyse les raisons sous-jacentes des succès – ou des échecs.

(Interview : Michel Jarraud, Président de l’ONU-Eau et Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale; propos recueillis par Alpha Diallo)

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08/12/2017
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