Navi Pillay : mieux protéger les enfants en conflit avec la loi

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Navi Pillay (UN Photo/Rick Bajornas)

La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a appelé jeudi à mieux protéger les enfants en conflit avec la loi, à l’occasion d’un débat sur les droits de l’enfant au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève.

Le thème du débat cette année était « Les enfants et l’administration de la justice », pour mettre en évidence la difficile réalité de millions d’enfants en conflit avec la loi, et qui sont nombreux à voir leurs droits violés dès leur première rencontre avec la justice.

« En choisissant le thème des enfants et l’administration de la justice, vous avez progressé dans la réflexion sur la possibilité de concevoir un système de justice juvénile servant à la fois la justice, la réhabilitation et la réintégration sociale des enfants qui ont été en conflit avec la loi tout en étant en conformité avec les droits de l’homme », a déclaré Navi Pillay aux participants de la réunion.

La Haut commissaire s’est dit préoccupée par la perception du public que la délinquance juvénile est en augmentation. “Une telle perception, qui n’est pas fondée sur des preuves mais sur des articles de médias concernant quelques affaires graves, influence le discours politique et entraîne trop souvent l’adoption d’une législation sur le traitement des jeunes délinquants qui affaiblit les droits des enfants”, a-t-elle dit.

Elle s’est dit notamment inquiète de la tendance à abaisser l’âge minimum de la responsabilité pénale. “Selon le droit international, la privation de liberté des enfants ne devrait être utilisée qu’en mesure de dernier ressort et pour la plus courte période possible”, a-t-elle rappelé. Elle a regretté que dans certains pays les enfants sont privés de liberté non comme mesure de dernier ressort mais comme punition.

De son côté, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, Najat Maalla M’jid, a averti jeudi que la vulnérabilité d’un enfant est considérablement augmentée par la séparation avec sa famille. Les enfants non-accompagnés, orphelins ou déplacés suite à une crise humanitaire sont beaucoup plus exposés aux abus.

« Malgré les nombreux acteurs qui apportent une réponse à des situations d’urgence, les enfants continuent d’être à la merci de ceux qui cherchent à profiter du chaos et ils risquent d’être mis en vente dans le cadre d’adoption illégale, de travail forcé ou encore d’exploitation sexuelle », a déclaré Najat Maalla M’jid dans son nouveau rapport au Conseil des droits de l’homme.

« Un manque de coordination et de distribution claire des rôles et responsabilités parmi les multiples acteurs locaux et internationaux dans les cas de catastrophes naturelles a ouvert la voie à la confusion, à une duplication des efforts qui aurait pu être évitée et à des failles considérables dans la protection », a-t-elle ajouté.

Najat Maalla M’jid a indiqué que malgré une reconnaissance de la vulnérabilité des enfants dans ces situations, l’ampleur de la vente d’enfants est difficile à déterminer à cause de l’absence d’informations fiables et de la nature illégale et clandestine des ces activités.

« Le sous-financement de la protection des enfants empêche la mise en œuvre des programmes, des initiatives interinstitutionnelles et du développement de standards », a souligné la Rapporteuse spéciale.

Afin de protéger de façon efficace les enfants, l’experte indépendante de l’ONU a exhorté les gouvernements à mettre en œuvre des mécanismes de coordination, d’enregistrer tous les enfants au moment de leur naissance afin de faciliter leur traçage et leur identification et en cas d’adoption, les membres de la famille de l’enfant devant être choisis en priorité.

« La communauté internationale doit assurer qu’il y a suffisamment de fonds disponibles pour la protection des enfants dans toutes les phases de catastrophes naturelles et aussi dans le travail de prévention et de réduction des risques », a dit Najat Maalla M’jit.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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20/10/2017
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