Libye: le Conseil des droits de l'homme dispose d'une liste confidentielle d'individus liés à des crimes

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La commission d'enquête indépendante de l'ONU sur la Libye a indiqué, ce vendredi à Genève, qu'une liste confidentielle d'individus soupçonnés d'avoir commis des crimes ou des violations des droits de l'homme dans ce pays sera remise au Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme. Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, la Commission a accusé les deux parties d'avoir commis des crimes.

Si les forces loyales au colonel Kadhafi se sont rendues coupables de massacres et de tortures à l'encontre de leurs opposants, les rebelles ont leur part d'atrocités et de crimes de guerre en Libye. Les « Thuwar » (combattants révolutionnaires) sont ainsi accusés d'exécutions sommaires, de tortures, de disparitions forcées, d'attaques indiscriminées et de pillages au cours de leur avancée vers Tripoli.

Cela laisse supposer qu'aussi bien les pro-Khadafi et que les forces des nouvelles autorités de Tripoli figureront sur cette liste envoyée aux services de Navi Pillay. Le président de la commission, le juge Philippe Kirsch, présentant son rapport final au Conseil des droits de l'homme, a indiqué qu'il remettra une liste confidentielle composée d'individus directement ou indirectement impliqués dans des « crimes ou des violations de droits de l'homme » au Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme. La liste communiquée sera ensuite remise aux autorités nationales, internationales ou judiciaires appropriées, a expliqué la commission d'enquête qui, dans un premier rapport publié en juin 2011, avait accusé les deux parties d'avoir commis des crimes.

Dans son rapport final, la commission internationale d'enquête de l'ONU sur la Libye continue de détailler les crimes des forces pro-Kadhafi, mais note que les « Thowars » ont rapidement adopté des tactiques similaires, en particulier le pilonnage indiscriminé. De plus, « les infractions aux droits de l'homme se poursuivent dans un climat d'impunité », dénonce le rapport.

En outre, la commission internationale d'enquête a demandé un supplément d'enquête sur les raids de l'OTAN dans ce pays qui, lors du conflit en 2011, ont tué 60 civils et en ont blessé 55 autres, selon son rapport final. Le juge Philippe Kirsch a indiqué que « bien que l'OTAN ait indiqué avoir pris toutes les précautions nécessaires pour protéger les civils », la Commission n'a pas « reçu suffisamment d'informations pour vérifier les faits de manière indépendante » et « recommande un supplément d'enquête ». La commission a conclu que « sur 20 raids de l'OTAN examinés, elle a recensé cinq raids durant lesquels 60 civils au total avaient été tués et 55 autres blessés ». En dépit de ces informations, le rapport conclut que l'OTAN « a mené une campagne très précise avec une détermination notable pour éviter les pertes civiles ».

Par ailleurs, la commission n'a pas pu déterminer les causes de la mort de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et de son fils Mouatassim. Le rapport note que le colonel Kadhafi et son fils, capturés séparément le 20 octobre par des combattants de Misrata, étaient morts peu après dans des « circonstances non élucidées ».

La commission d'enquête internationale a été chargée le 25 février dernier par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU de faire la lumière sur les abus de droits humains commis en Libye.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo, avec un extrait sonore du juge Philippe Kirsch, membre de la Commission d'enquête indépendante de l'ONU)

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12/12/2017
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