Forêts d'Amérique du Nord : des demandes croissantes et conflictuelles

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(Photo : FA0/CEE)

Les forêts d'Amérique du Nord feront face à des demandes grandissantes d'ici 2030 et doivent recevoir plus d'attention de la part des décideurs politiques. C'est ce qui ressort de l'Étude sur les perspectives du secteur forestier sur le continent, qu'ont lancée le 27 mars la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies (CEE) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Le rapport souligne également que les demandes pour le bois provenant des forêts d’Amérique du Nord pourront être conflictuelles, s'agissant de satisfaire des objectifs tant économiques que sociaux et environnementaux.

Malgré tout, l'état des forêts nord-américaines est relativement satisfaisant. On ne prévoit aucune perte globale au Canada, ce qui n'empêche pas de retrouver des zones de déforestation ponctuelle. Pour ce qui est des Etats-Unis, les pertes projetées d'ici 2030 sont de 0,2% par an, ce qui s'explique principalement par l'expansion des zones urbaines.

Le bois nord-américain est toujours majoritairement destiné à la construction. Dans ce domaine, la crise financière qui s'est traduite par un ralentissement, voire l'arrêt, de nombreux chantiers de construction, a eu un impact majeur sur l'industrie du bois, mais la CEE/FAO prévoit cependant une reprise d'ici 2015.

La demande pour le bois à pâte devrait quant à elle poursuivre sa tendance à la baisse, avec le domaine des communications qui se convertit de plus en plus aux supports électroniques. L'utilisation croissante de fibres recyclées pour la production de papier a aussi un impact négatif sur la demande de bois neuf.

En outre, l'étude de la CEE/FAO identifie l'émergence d'un troisième secteur, soit celui de la production d'énergie à partir du bois. Alors que l'Union européenne a adoptée des politiques favorisant l'utilisation du bois aux fins de chauffage et de production d'électricité, de telles politiques n'existent pas pour l'instant en Amérique du Nord.

Selon Arnaud Brizay, expert en politiques forestières à la CEE/FAO, le « bois énergie » comporte des avantages environnementaux par rapport aux combustibles fossiles. Ainsi, le bois est une matière renouvelable lorsque des programmes de reforestation adéquats sont mis en place. Et contrairement au charbon, le bois libère beaucoup moins de carbone lors de sa combustion, soit seulement la quantité que l'arbre a pu accumuler avant d'être coupé.

Les décideurs politiques doivent, aux dires de cet expert, saisir cette occasion pour développer des politiques et favoriser des avancées technologiques qui permettront d'exploiter de façon durable les forêts en tant que ressource énergétique. Il est impératif, conclut-il, que les autorités intègrent à leurs débats la question forestière, afin que les bénéfices économiques, environnementaux et sociaux offerts par la forêt puissent profiter à la population d'aujourd'hui et de demain.

(Interview : Arnaud Brizay, expert en politiques forestières à la CEE/FAO ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

LE DERNIER JOURNAL
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14/12/2017
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