Langue maternelle : L'UNESCO fait l'éloge de la diversité

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Photo : UNESCO

Il y a dans le monde plus de 6 000 langues, estime l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Près de la moitié d'entre elles disparaîtront d'ici la fin du siècle. Si pour certains cette tendance est inexorable, d'autres ont prouvé que des langues, même marginales, peuvent rester bien vivantes et pertinentes. La conservation d'une langue maternelle peut non seulement permettre de préserver et de transmettre une culture, une identité et un savoir ancestral, elle peut aussi contribuer au développement d'une population, notamment en favorisant l'éducation.

C'est le message qu'a voulu transmettre l'UNESCO cette semaine, à l'occasion de la Journée internationale de la langue maternelle (21 février), une initiative adoptée par les États Membres de l'Organisation en 1999 et célébrée pour la treizième fois. La célébration cette année était dédiée au rôle que jouent le multilinguisme et la diversité linguistique dans la vitalité des sociétés.

La projection d'un documentaire sur le thème « Langues perdues et retrouvées : parler et siffler la langue maternelle », réalisé par Iris Brooks et Jon H. Davis, a eu lieu au Siège de l'ONU à New York. Le documentaire met en lumière des exemples de langues maternelles qui ont pu survivre, voire renaître, suite aux efforts des communautés concernées.

Un exemple frappant est celui de la langue sifflée, le Silbo Gomero, qui permettait aux autochtones de communiquer à travers les larges vallées de l'île de Gomera, aux îles Canaries. Tombée en désuétude, cette langue est à nouveau enseignée dans les écoles et même les adolescents l'utilisent aujourd'hui lorsqu'ils communiquent par téléphone portable.

Selon Philippe Kridelka, Directeur de l'UNESCO à New York, une des conditions pour sauver une langue menacée « c'est que cette langue redevienne populaire et notamment parmi les jeunes. Donc il est important que les langues menacées soient utilisées par les nouveaux vecteurs, par les nouveaux porteurs de la diversité culturelle, pour redevenir populaires et pour redevenir de véritables outils de communication ». Ces vecteurs, ce sont évidemment les médias sociaux et l'Internet, mais aussi la radio, qui continue de jouer un rôle critique pour les communautés linguistiques. En Namibie par exemple, l'UNESCO finance des émissions de radio en langue san, utilisée par les Bochimans.

Au Costa Rica, l'UNESCO a misé sur les livres comme outils de transmission et de préservation de la langue du peuple mayangna. Un premier projet, avec le gouvernement de la Norvège, a permis de publier des livres reprenant le vocabulaire mayangna relatif à la biodiversité unique de la région, permettant ainsi de transmettre le savoir traditionnel en même temps que la langue. Des manuels scolaires ont aussi été développés pour permettre aux enfants d'apprendre dans leur langue maternelle.

Selon l'UNESCO, les enfants qui apprennent à lire et à écrire dans leur langue maternelle plutôt que dans la langue nationale officielle, par exemple, apprennent plus rapidement et montrent de meilleurs taux d'alphabétisation. L'utilisation de la langue maternelle à l'école est un « remède puissant contre l'illettrisme », ajoute Irina Bokova, la Directrice générale de l'UNESCO, dans une déclaration à l'occasion de la Journée internationale de la langue maternelle. La diversité linguistique peut donc jouer un rôle clé dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, en particulier les objectifs liés à l'éducation, ajoute-t-elle.

(Interview : Philippe Kridelka, Directeur du Bureau de liaison de l'UNESCO à New York ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

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15/12/2017
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