Journée mondiale de la radio – témoignage

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Philippe Hamel, animateur de la radio libre Radio Bessin

A la maison, petit garçon, j’ai toujours entendu la radio fonctionner. Il y avait ce gros poste de radio posé sur le comptoir de la cuisine, dont l’oeil vert s’allumait progressivement. Le cadran remplit de noms de villes et de stations plus exotiques les uns que les autres me donnait déjà des envies de voyages…. Luxembourg, Hilversum, Doitwich, Moscow, London… C’est peut-être le souvenir des messages brouillés du temps de l’occupation jusqu’à ce que « les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon coeur d’une langueur monotone » libérateur.

Ma maman était accro à la radio.On a eu ensuite un gros poste avec tourne disque qui m’a fait goûter un théâtre radiophonique, aux tribunes de l’histoire, au suspense de « mystère, mystère », au jeu des milles francs, les émissions de Françoise Dolto, les Radioscopies de Jacques Chancel et aux disques classiques de mon grand frère. Plus tard il y eut Salut les Copains, le Pop Club de José Arthur et le rock qui débarquait avec Antoine et ses longs cheveux et ses chemises à fleur.

La radio, jeune coopérant au Tchad, c’était les émissions religieuses, les prédications captées en pleine brousse par des pêcheurs ravaudant les filets sur leurs pirogues, ou bien les discours du président Malloum invoquant la réconciliation nationale.

La radio qui nous a fait partager les moments les plus forts et les nouvelles les plus tristes de toutes : la mort de Marilyn, l’assassinat de John F. Kennedy, l’attaque des tours du WTC sur l’autoradio entre Caen et Saint-Lô….

Et puis il y eut ces années de radios locales, radios libres, radio Bessin dont j’ai assuré la direction pendant les années 80 : on travaillait dans l’improvisation, avec des dizaines de bénévoles, les marginaux, les artistes, les passionnés de jeux radiophoniques, les journalistes en rupture de bans, les punks, les fous de Rn’B…. J’ai interrogé des agriculteurs, des maires, des écrivains, des présidents d’associations, des élus locaux, des élus nationaux : Lionel Jospin, Charles Pasqua… des sportifs : des gens du Paris-Dakar, des motards, des cavaliers, des footballeurs, des chanteurs, des hommes et des femmes de notre pays… Je n’étais pas souvent à la maison, avec la consolation que mes toutes petites filles pouvaient souvent entendre leur papa « dans le poste », et leur maman si patiente.

J’ai aussi fait des soudures, réparé des émetteurs détraqués, monté des liaisons en direct avec des pinces croco dans le combiné téléphonique.

La radio est partout à la maison, dans l’atelier, dans la voiture, dans le bateau, dans la salle d’eau. Elle m’apporte le témoignage du monde et me réveille la nuit, y compris avec le journal de radio Canada la nuit sur France Info.

Je pourrais peut-être être privé de télé, de journaux, d’internet, …. mais sans radio, je l’imagine même pas.

Bonne fête la radio, vivent les radios du monde, les radios de la Liberté et de toutes les cultures.

Philippe Hamel (né en 1952 – St Lô France)

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16/04/2014
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