Sahel : Olivier de Schutter redoute une grave crise humanitaire

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Un garçon creuse pour trouver des tubercules (UN Photo/John Isaac)

Après le Programme alimentaire mondial (PAM) et certaines organisations non gouvernementales, c'est au tour du Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation d'attirer l’attention sur la situation alimentaire dans le Sahel.

Selon Olivier de Schutter, les conditions d'une crise grave sont en train de se mettre en place. Des millions d'habitants des pays sahéliens risquent d'être touchés. Dans certaines zones, la crise est déjà là et selon le Rapporteur spécial de l'ONU, il faut agir rapidement pour éviter le pire.

Les pays les plus touchés pour le moment restent la Mauritanie, le Tchad, le Mali et surtout le Niger. Préoccupation également au Burkina Faso, au Sénégal ainsi qu'au Nord du Cameroun et du Nigéria. Le Rapporteur de l'ONU note que six millions de personnes au Niger, 2,9 millions au Mali et 700 000 en Mauritanie vivent dans les régions affectées par cette crise alimentaire. « Nous avons une situation qui est très inquiétante dans plusieurs pays de la région. Tout ceci parce que les récoltes ont été mauvaises. Et les périodes de soudure doivent être plus longues que d'habitude », avertit Olivier De Schutter.

Un autre avertissement fait par le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation concerne l'urgence d'agir. Car, selon Olivier De Schutter, si l'aide internationale n'arrive pas dans les semaines qui viennent, les agences humanitaires seront dans l'impossibilité de faire face à la demande croissante qui pèse sur elles. Il souhaite que la communauté internationale tire les leçons de la crise alimentaire dans la Corne de l'Afrique. « Les réactions tardives coûtent beaucoup plus chères et sont beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre », fait remarquer Olivier De Schutter. « Car simplement une fois que les personnes, les familles quittent leur territoire, leur région, parce quand elles ne peuvent plus y trouver de la nourriture en suffisance, ces personnes deviennent donc entièrement dépendantes de l'aide internationale. Il faut donc éviter que les populations se déplacent en raison de la crise ».

Par ailleurs, Olivier De Schutter salue la diligence des pays comme le Niger qui a décrété l'urgence et a identifié les besoins de sa population.

Contrairement à Niamey, le Rapporteur spécial de l'ONU regrette la lenteur de la réponse du côté du Burkina Faso. Pourtant « au Burkina Faso, 162 communes sur un total de 356 communes » dans le pays – c’est-à-dire la moitié – sont affectées par l'insécurité alimentaire. « Mais au fond le Gouvernement n'a pas tiré toutes les conséquences de ce constat et attend manifestement à réagir », regrette Olivier De Schutter.

C'est le cas également du Sénégal, malgré les difficultés que rencontrent les familles dans ce pays. Olivier de Schutter admet que la situation au Sénégal est sérieuse même si elle n'est pas encore dramatique. « Et malheureusement, le Gouvernement du Sénégal n'a pas jusqu'à présent fait appel à l'aide internationale. Je pense que Dakar n'a pas voulu admettre la réalité de la situation dans laquelle le Sénégal est confronté », souligne le Rapporteur spécial. Olivier de Schutter pense que le « contexte électoral au Sénégal est sans doute une partie de l'explication de cette lenteur à admettre les difficultés auxquelles le Gouvernement sénégalais est confronté ».

(Interview : Olivier de Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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