OMS : Mariages et grossesses précoces, au menu du Conseil exécutif

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Un mère de 18 ans tient son nouveau né at l'hopital de Faizabad dans la province de Badakshan en Afghanistan-Photo: Unicef-Khemka

Le Conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a entamé, lundi à Genève, les travaux de sa 130ème session. Parmi les sujets examinés, le problème des mariages précoces, les grossesses chez les adolescentes et les jeunes femmes. Les estimations internationales les plus récentes indiquent qu'au niveau mondial plus de 60 millions de femmes de 20 à 24 ans sont mariées avant l'âge de 18 ans. Les données laissent entendre que, dans la plupart des régions du monde, la prévalence des mariages précoces diminue, mais lentement.

Le rapport de l'OMS note que l'importance des mariages précoces varie selon les pays et les régions : les taux les plus élevés sont observés en Afrique de l'Ouest, suivie par l'Asie du Sud, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Amérique latine. Toutefois, en raison de la taille de la population en Asie du Sud et des taux de mariages précoces, c'est dans cette région que l'on trouve près de la moitié des jeunes filles mariées précocement.

En 2008, on dénombrait seize millions de naissances chez des mères âgées de 15 à 19 ans, soit 11 % du nombre total de naissances dans le monde. Près de 95 % de ces naissances sont survenues dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Le taux de natalité mondial chez les adolescentes a baissé, passant de 60 pour 1000 en 1990 à 48 pour 1000 en 2007, les taux étant compris entre 5 pour 1000 en Asie orientale et 121 pour 1000 en Afrique subsaharienne en 2007.

Pourtant une première grossesse chez une très jeune fille présente des risques. Si le nombre de naissances chez les adolescentes représente 11 % du total des naissances dans le monde, il représente 23 % de la charge globale de morbidité (en termes d'années de vie ajustées sur l'incapacité) due aux grossesses et aux accouchements chez les femmes de tous âges. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les complications de la grossesse et de l'accouchement sont la principale cause de décès chez les femmes âgées de 15 à 19 ans.

Le rapport souligne également que la grossesse chez une adolescente est également dangereuse pour l'enfant. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les morts à la naissance et les décès au cours de la première semaine et du premier mois de vie sont 50 % plus nombreux chez les enfants nés de mères âgées de moins de 20 ans que chez les mères âgées de 20 à 29 ans, le risque étant inversement proportionnel à l'âge de la mère.

En outre, les conséquences sociales de la grossesse chez les adolescentes, en particulier pour celles qui ne sont pas mariées, peuvent être graves. La déscolarisation et donc un niveau d'études plus bas peuvent non seulement compromettre le développement personnel, mais également réduire définitivement le niveau de revenu des femmes et donc leur contribution à la croissance économique.

Dans ces conditions, l'OMS encourage les responsables politiques et les dirigeants de la communauté à formuler et à faire appliquer des politiques et des lois interdisant le mariage des filles avant l'âge de 18 ans. « Des mesures doivent être prises pour influencer les normes familiales et communautaires afin de retarder l'âge au moment du mariage, de maintenir les filles à l'école, au niveau primaire comme au niveau secondaire, de mettre en place des cours d'éducation sexuelle et d'améliorer l'accès à la contraception pour les adolescentes, et de lutter contre les rapports sexuels forcés », souligne le rapport de l'OMS. De même, les adolescentes doivent être informées des possibilités d'avortement médicalisé, là où il est autorisé par la loi, et connaître les dangers de l'avortement non médicalisé.

(Interview : Jane Ferguson, Experte au Département de l’OMS chargé de la Santé de la mère, du nouveau-né, de l'enfant et de l'adolescent ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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17/10/2017
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