TPIR : Ngirumpatse et Karemera condamnés à la prison à vie

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Le TPIR, le Tribunal pénal international pour le Rwanda, basé à Arusha en Tanzanie, a condamné mercredi 21 décembre Matthieu Ngirumpatse et Edouard Karemera à la peine de prison à vie. Ngirumpatse était le Secrétaire général de l'ancien parti unique rwandais, le MNRD, et Karemera, le Vice-président de ce parti et Ministre de l'intérieur du Rwanda.

« Après avoir considéré la gravité des crimes pour lesquels Ngirumpatse a été reconnu coupable, ainsi que toutes les circonstances atténuantes et aggravantes, la chambre a la discrétion d’imposer une peine unique et décide de faire ainsi », a déclaré le juge président du TPIR, Dennis Byron. « La chambre condamne unanimement Matthieu Ngirumpatse à l’emprisonnement à vie », a indiqué le juge avant de prononcer les mêmes mots pour Karemera. Les deux hommes ont été condamnés pour crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, pour n’avoir pas prévenu ni condamné les exactions commises en 1994 par des jeunes de leur parti, les fameux Interahamwe du MRND. Ces crimes comprennent des viols et des violences sexuelles qui, selon les trois juges, constituent à la fois des actes de génocide et des crimes contre l’humanité.

Selon ce jugement, c’est à partir du 11 avril 1994 que « l’entreprise criminelle commune » visant à exterminer les Tutsis a pris corps. Ce jour-là ainsi que le lendemain, rappelle le jugement, des armes furent distribuées à des Interahamwe à l’Hôtel des Diplomates à Kigali avec le consentement de Ngirumpatse. « L’entreprise criminelle commune s’est poursuivie jusqu’à la mi-juillet 1994 », soulignent les juges.

« La chambre conclut que les viols et les violences sexuelles commises contre les femmes et les filles tutsies par les militaires, les gendarmes et les miliciens, dont les Interahamwe du MRND, constituaient une conséquence naturelle et prévisible de l’entreprise criminelle commune visant à détruire le groupe ethnique tutsi », indique encore le texte. Les juges estiment que Ngirumpatse et Karemera savaient bien que ces viols étaient perpétrés mais ont choisi de laisser faire. Le jugement conclut par ailleurs que le plan de défense civile lancé par le gouvernement intérimaire alors que l’armée fuyait devant les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR, aujourd’hui au pouvoir) ne visait qu’à poursuivre l’extermination des Tutsis. Ce jugement est le dernier événement de l’année 2011 au TPIR.

(Extrait sonore : Roland Amoussouga, porte-parole du TPIR ; propos recueillis par Jean-Pierre Amisi Ramazani)

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15/12/2017
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