Nadine Moawad : Lutter au nom des femmes et des minorités sexuelles du Liban

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Nadine Moawad, lors de l'événement tenu au Siège de l'ONU le 8 décembre, sur le thème de l'intimidation liée à l'orientation et à l'identité sexuelles (UN Photo/Eskinder Debebe)

Dans le cadre de la Journée des droits de l'homme, célébrée le 10 décembre de chaque année, l'ONU a tenu récemment une manifestation spéciale sur le thème de l'intimidation liée à l'orientation et à l'identité sexuelles. Prenait part à cette discussion Nadine Moawad, une activiste du Liban qui milite pour le droit des femmes et des minorités sexuelles.

À 29 ans, elle tient un blogue qui commente les développements politiques dans son pays, et agit à titre de coordonnatrice d'une coalition internationale pour les droits sexuels dans les sociétés musulmanes, qui aborde des questions telles que la violence à l'encontre des femmes et des communautés lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT).

Au micro de la Radio des Nations Unies, elle fait état de la situation dans son pays, où toute personne accusée d'acte sexuel « contraire à la nature » est passible d'une peine d'emprisonnement de deux ans. L'homophobie et la transphobie font selon elle plusieurs victimes chez les LGBT du Liban, en particulier les jeunes, qui ne sont à l'abri de la discrimination ni à la maison, ni à l'école.

En revanche, la dernière décennie a vu apparaître un mouvement dans la société civile qui tente de changer la perception des minorités sexuelles au sein de la population libanaise. L'arrivée d'Internet et le foisonnement des médias sociaux, explique Nadine Moawad, a permis à la communauté LGBT de se faire entendre, tout en préservant l'anonymat dans un environnement qui lui est encore hostile. Les blogues, ainsi que les comptes Facebook et Twitter, permettent d'aborder ce sujet encore tabou pour les médias traditionnels et de changer les mentalités graduellement.

Dans la foulée du Printemps arabe, l'activiste libanaise juge que la situation des personnes LGBT ne saurait être pire qu'elle ne l'a été jusqu'à présent et ira forcément en s'améliorant. La vague de mouvements sociaux en faveur de la démocratie dans la région a fait de la liberté d'expression son fer de lance et ceci doit s'appliquer à la sexualité, juge Nadine Moawad.

Elle rappelle, en outre, que les lesbiennes font face à une double discrimination, à cause de leur orientation sexuelle, mais aussi parce qu'elles sont des femmes. Au sujet de l'islam, elle croit enfin que « l'essence de l'islam est la dignité » et qu'en ce sens, l'homophobie est une atteinte à la dignité des personnes LGBT. Une atteinte face à laquelle la religion ne peut pas rester indifférente, conclut-elle.

(Interview : Nadine Moawad, activiste, blogueuse et coordonnatrice de la Coalition for Sexual and Bodily Rights in Muslim Societies ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

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15/12/2017
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