Abyei : le Conseil de sécurité prend note de la situation sécuritaire fragile

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Hervé Ladsous (à gauche)Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, expose au Conseil de sécurité la situation à Abyei. A droite, David Buom Choat, Représentant permananent adjoint du Soudan du Sud

Le Conseil de sécurité a examiné ce matin la situation autour de la ville d'Abyei. Outre les représentants permanents du Soudan et du Soudan du Sud, les quinze ont entendu le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. Hervé Ladsous a mis l'accent sur la situation sécuritaire fragile dans la zone d'Abyei et le déploiement des quelque 2 850 hommes de la FISNUA. Il a déploré le manque de progrès du processus politique et estimé que la situation est compliquée par la migration rapide et inattendue des Misseriyas à la fin de la saison des pluies. 

Hervé Ladsous a fait valoir que la situation sécuritaire dans la zone d'Abyei demeure fragile. Les Forces armées du Soudan et du Sud Soudan ne se sont toujours pas retirées de la zone, ce en contravention de l'accord du 20 juin. Au nord de la rivière Kiir/Bahr-el-Arab, les unités des Forces armées et de la Police du Soudan demeurent présentes dans la ville d'Abyei, à Goli et à Diffra. Au sud de la rivière, le 9 novembre, l'Armée populaire de libération du Sud Soudan a transféré l'état-major de sa brigade à Mijan Kol, à peu près à trois kilomètres au sud de la limite de la zone. Du personnel de la Police du Sud Soudan (SSPS) demeure néanmoins présent à l'intérieur de la zone. Il semblerait que les deux parties soient en train de remplacer leur personnel militaire par des policiers, en contradiction avec la lettre et l'esprit de l'accord du 20 juin. 

 De la même façon, en dépit des efforts significatifs du Panel de haut niveau de l'Union africaine, menés par le Président Mbeki, et de l'Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Soudan et le Sud Soudan, Haile Menkerios, très peu de progrès ont été réalisés dans la mise en place de l'administration de la zone d'Abyei. 

Pour Hervé Ladsous, la présence continuelle de forces armées et l'absence de progrès politiques selon termes de l'accord du 20 juin sont de plus en plus inquiétants alors que l'on arrive à la fin de la saison des pluies et au début de la migration des Misseriyas à travers la zone d'Abyei. Cette année la migration s'est effectuée rapidement; les nomades ont été observés en nombres importants à Abyei et autour de la ville depuis un mois. Cet état de fait est inattendu étant donné l'abondance des précipitations et la disponibilité de pâturages plus au nord. Le chef de la Mission, le Général de corps d'armée Tesfay est en contact avec les chefs Misseriya et les encourage à ralentir la migration. 

Par ailleurs, la présence d’armes parmi les éléments de la population migrante est également préoccupante en l’absence de négociations intercommunautaires sur la migration de cette année. Pour empêcher l’entrée des milices armées dans Abyei ville, la FISNUA a changé son déploiement dans la ville. Malheureusement, quand la FISNUA a refusé une demande des Forces armées soudanaises (FAS) de retirer un de ces points de contrôle, ces dernières ont renforcé leur position dans la ville avec un peloton de la zone d’Abyei. En plus de maintenir une posture robuste, la FISNUA poursuit son engagement direct auprès des deux communautés, y compris par l’établissement d’un bureau de liaison à Muglad. 

Dans le contexte de la migration, l’OCHA rapporte qu'il ya maintenant beaucoup d’anxiété de la part de la population déplacée de retourner dans les villages, en dépit de la présence continue de des FAS. 

Dans cet environnement complexe et exigeant, la FISNUA poursuit ses efforts pour s’acquitter de son mandat. En date d’aujourd’hui, 2 853 soldats sont sur le terrain, après le déploiement du deuxième bataillon en Octobre. Deux capacités permanentes de police ont également été déployées pour planifier la mise en œuvre du mandat de la police de la mission une fois que le Service de police d’Abyei établi. Complétant les bases existantes dans les villes d’Abyei, Diffra et Agok, de nouvelles bases ont été établies dans Todach, Noong, Um-Khariet, Dokura, Marial Achak et Banton. Cette présence diffuse, combinée à des patrouilles intensives et des évaluations de sécurité conjointes avec les deux communautés, a permis d’établir le rôle sécuritaire de la FISNUA à Abyei. Pour augmenter encore sa capacité à atténuer les tensions dans la région d’Abyei, la Force commencera le déploiement d’un troisième bataillon, le 11 Décembre. 

Les négociations entre les gouvernements du Soudan et le Sud-Soudan, ont été tenues à Addis Abeba du 21 au 30 Novembre, sous les auspices de l’AUHIP. Ces négociations sont axées sur le pétrole et les arrangements financiers transitoires ainsi que sur les questions frontalières. Sur la première, les positions des parties se sont avérées trop éloignées pour qu’un accord soit atteint. Toutefois, les parties conviennent de tenir des pourparlers supplémentaires à Juba et Khartoum en décembre et janvier. De même, les discussions frontalières se sont terminées sans accord sur la prochaine phase du processus de démarcation de la frontière pour les zones d’accord ou sur le processus nécessaire pour résoudre les divergences sur les zones contestée. En outre, aucun progrès n’a été réalisé sur l’adoption d’un Plan opérationnel définissant la zone frontalière démilitarisée sûre. 

Dans ce contexte, la sécurité de la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan reste préoccupante. L'ONU continue de croire que l’établissement du mécanisme de surveillance des frontières communes, déjà accepté par les parties le 29 juin et 30 juillet, est nécessaire pour établir la confiance entre les parties, par la vérification des rapports de violations par les deux forces armées. Il est donc important que les membres du Conseil exhortent les parties à parvenir à un accord sur la cartographie de la zone frontalière et des emplacements pour les détails techniques mécanisme de suivi. En outre, il souhaitable que le Conseil de sécurité envisage favorablement l’élargissement du mandat de la FISNUA, de manière à intégrer le mécanisme de soutien à la frontière, tel que proposé par le Secrétaire général dans son rapport du 29 Septembre. 

(Extrait sonore : Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix)

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16/10/2017
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