Egypte : des experts de l'ONU inquiets de la répression avant les élections

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Un groupe d'experts indépendants des Nations Unies a exprimé lundi son inquiétude concernant la répression meurtrière contre des manifestants en Egypte avant les élections législatives, prévues le 28 novembre 2011.

« Le droit à la liberté de réunion pacifique est un élément intrinsèque de la démocratie », a déclaré le Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association, Maina Kiai, exprimant sa profonde inquiétude concernant les informations faisant état de décès parmi les manifestants au cours de violences pendant le week-end.

« Les autorités égyptiennes doivent cesser d'utiliser la violence et entamer immédiatement un véritable dialogue national avec tous les groupes de la société. Une enquête indépendante devrait être immédiatement initiée sur les raisons de cette escalade de violence meurtrière », a-t-il ajouté.

Pour le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions sommaires, Christof Heyns, « l'usage de la force meurtrière n'est pas une option lorsqu'il s'agit de contrôler des manifestations. La contestation doit être tolérée et non pas réprimée avec une force excessive qui peut entraîner des pertes en vie humaine. »

« J'exhorte instamment les forces de sécurité à la plus grande retenue pour éviter une escalade de la violence et à prendre des mesures immédiates pour protéger le droit à la vie des manifestants », a-t-il ajouté.

« Le droit à la liberté d'expression est une pierre angulaire de la démocratie », a déclaré pour sa part le Rapporteur spécial de l'ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, Frank La Rue.

« Comme le peuple égyptien appelle à un nouveau chapitre des réformes démocratiques, il est essentiel que les divers points de vue, y compris la critique des autorités, puissent être exprimés pacifiquement par tous. En ce moment historique, les autorités provisoires devraient encourager les voix plurielles à se faire entendre, y compris à travers les organisations non gouvernementales sur les droits de l'homme et les médias, notamment dans la perspective des prochaines élections législatives », a-t-il précisé.

Selon la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, Margaret Sekaggya, « les défenseurs des droits humains, notamment les militants et les ONG, sont indispensables pour promouvoir et consolider la vie démocratique dans les sociétés grâce à leur rôle clé dans les manifestations publiques. Les États devraient créer un environnement favorable qui permette aux défenseurs des droits humains de mener à bien leurs activités ».

Maina Kiai s'est aussi inquiété de la détérioration du droit à la liberté d'association. « De récents rapports d'ONG suggèrent que le gouvernement actuel recourt de plus en plus à l'actuelle loi sur l'état d'urgence et aux dispositions contenues dans la loi égyptienne sur les associations et les fondations pour restreindre leurs activités. Ceci est particulièrement le cas pour les ONG qui cherchent un financement étranger », a-t-il dit.

Les experts de l'ONU ont rappelé que le gouvernement égyptien a promis en mars 2010, au cours de la révision périodique de la situation des droits humains dans le pays, d'introduire un ensemble de réformes législatives qui faciliteraient l'exercice des droits à la liberté de réunion pacifique et d'association. Selon eux, les événements des derniers jours ne montrent pas cet engagement.

« Nous appelons le gouvernement égyptien à respecter ses obligations internationales concernant les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association et à ne pas supprimer par tous moyens, et surtout pas par la force, les voix et rassemblements publics. Le gouvernement doit montrer un plein soutien à une politique de transition qui garantisse le respect des principes démocratiques », ont-ils ajouté.

(Mise en perspective : Cristina Silveiro)

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20/10/2017
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