Côte d'Ivoire : des centaines de femmes et enfants victimes de violences lors de la crise postélectorale

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Dans le village de Bahé, en Côte d'Ivoire, une jeune fille passe dans une aire surveillée par les Casques bleus de l'ONU (Photo : UNICEF/Asselin)

Depuis le début de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire en novembre 2010, au moins 1 121 femmes et enfants ont été victimes de violations graves des droits de la personne. Selon un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l'organisation non gouvernementale Save the Children, 643 ont été commises contre des enfants, dont 182 viols.

« Les enfants ont été les premières victimes du conflit qui a touché la Côte d'Ivoire et ce rapport nous permet pour la première fois d'avoir une idée plus claire du nombre d'enfants victimes directes de la crise » a déclaré Hervé Ludovic de Lys, Représentant de l'UNICEF en Côte d'Ivoire. « Malheureusement comme la plupart des cas de violation ne sont jamais rapportés, le nombre élevé de cas recensés nous laisse croire qu'il ne s'agit ici que du sommet de l'iceberg ».

Le rapport intitulé « Vulnérabilités, violences et violations graves de droits de l'enfant – Rapport relatif à l'impact de la crise postélectorale sur la protection des enfants en Côte d'Ivoire » recense tous les cas de violations de droits rapportés entre novembre 2010 et septembre 2011 incluant les six violations graves que sont les meurtres ou mutilations d'enfants, le recrutement ou l'utilisation d'enfants par des groupes armés, les attaques contre des écoles ou des hôpitaux, le viol et autres violences sexuelles graves contre les enfants, l'enlèvement d'enfant et le déni d'accès humanitaire pour les enfants.

Le rapport souligne que deux tiers des enfants victimes sont des filles et 60 % ont moins de 15 ans. Il y a ainsi 213 cas de violences sexuelles (55 % des violations graves de droits de l'enfant) et 45 cas d'enfants associés à un groupe armé, soit 11,5 % des violations graves et 7 % des violations rapportées. Au moins 79 enfants ont été blessés ou mutilés, soit 10,5 % des violations graves et 6,5 % des violations commises contre les enfants.

Le document indique également que 41 enfants ont été tués par des armes à feu, grenades, etc., soit 20,5 % des violations graves et 12,5 % de l'ensemble des violations. Le rapport fait état de dix cas d'enlèvement ou séquestration.

Le rapport fait entre autre ressortir un lien direct avec le conflit en Côte d'Ivoire, avec une hausse significative des cas de violations rapportés en mars et avril de cette année, au plus fort de la crise, et dans les régions les plus touchées par les combats. La plupart de ces crimes restent impunis car seul 52 cas ont fait l'objet de poursuites judiciaires même si les auteurs sont connus pour plus de la moitié des victimes.

La présence de partenaires œuvrant pour la protection des enfants a permis de prendre en charge près du trois quarts des victimes, mais le manque de moyens fait qu'encore trop de femmes et d'enfants ne reçoivent aucun soutien après avoir vécu de telles atrocités, tandis que la répression de ces violations reste faible.

(Interview : Louis Vigneault-Dubois, Responsable de la communication, UNICEF Côte d'Ivoire ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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16/10/2017
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