Enseignement secondaire : deux enfants africains sur trois n'y ont pas accès

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Des collégiens soudanais à l'école secondaire Supiri à Juba, Sud Soudan. ©UNESCO/B. Desrus -

L'enseignement secondaire ne parvient pas à répondre à la demande et ce, sur tous les continents, mais en particulier en Afrique sub-saharienne, où les établissements ne peuvent accueillir que 36% des jeunes en âge de fréquenter le deuxième cycle. C'est la principale conclusion du nouveau Recueil de données mondiales sur l'éducation publié mardi 25 octobre par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Bien que les écoles secondaires de la planète aient accueilli environ 100 millions d'élèves supplémentaires chaque décennie, passant de 330 millions d'enfants inscrits en 1990 à 530 millions en 2009, l'accès à l'école secondaire est loin d'être universel, notamment pour les jeunes filles. Elles sont pour des raisons tantôt culturelles, tantôt économiques, gardées à l'écart des bancs de l'école secondaire.

Les gouvernements se battent pour répondre à la demande croissante d'enseignement secondaire, mais la demande de places dans l'enseignement secondaire a augmenté de façon exponentielle du fait du nombre toujours plus grand d'enfants fréquentant et terminant l'enseignement primaire. Selon le Recueil de données mondiales sur l'éducation, 88% des enfants parvenaient à la fin de ce cycle en 2009 contre seulement 81% en 1999. Dans 20 pays de la planète – presque tous en Afrique sub-saharienne -, un enfant parvenu à la fin du primaire n'a au mieux que 75% de chances d'intégrer le secondaire.

« On ne pourra échapper à la pauvreté qu'en développant largement l'enseignement secondaire. C'est le minimum nécessaire si l'on veut fournir aux jeunes les connaissances et les compétences qui pourront leur assurer des moyens d'existence décents dans notre monde d'aujourd'hui. Il faudra à la fois de l'ambition et de l'engagement pour relever ce défi. Mais c'est la seule voie pour atteindre la prospérité », a déclaré Irina Bokova, la Directrice générale de l'UNESCO. « Une population instruite constitue la plus grande richesse d'un pays. Les inégalités signalées par ce rapport, notamment l'exclusion des filles du secondaire dans de nombreux pays, ont des implications énormes pour la réalisation de tous les objectifs de développement fixés par la communauté internationale, de la santé des mères et des enfants à la prévention du VIH/sida, en passant par la sécurité environnementale ».

En termes de scolarisation, l'Afrique sub-saharienne est la région qui enregistre la plus forte progression avec des taux bruts de scolarisation qui sont passés entre 1999 et 2009 de 28% à 43% pour le premier cycle du secondaire et de 20% à 27% pour le cycle suivant. Pourtant, dans cette région, plus de 21,6 millions d'enfants en âge de fréquenter les premières classes du secondaire sont encore exclus de l'éducation et beaucoup ne passeront jamais un seul jour à l'école.

Les filles sont les premières à pâtir de cette inégalité selon le rapport. En Afrique sub-saharienne, le ratio d'inscription des filles dans le premier cycle du secondaire est de 39% contre 48% pour les garçons. De plus, dans de nombreux pays de la région, elles ont moins de chance de terminer ce cycle que les garçons.

« Toutes ces données soulignent un message central : l'enseignement secondaire est le prochain grand défi », déclare Hendrik van der Pol, le Directeur de l'Institut de statistique de l'UNESCO. « Selon le Recueil, près du tiers des enfants de la planète vivent dans des pays où le premier cycle du secondaire est théoriquement obligatoire mais où cette obligation n'est pas respectée. Nous devons faire de cet engagement une réalité ». Cela demandera d'énormes ressources humaines et financières supplémentaires. Comme le souligne le Recueil, l'enseignement secondaire coûte davantage que le primaire, principalement à cause du besoin de professeurs formés à enseigner dans des domaines spécifiques. Dans de nombreux pays en développement, les familles des élèves assument souvent la charge de ces coûts plus élevés.

Les familles de l'Afrique sub-saharienne investissent de façon importante dans l'éducation de leurs enfants. Elles contribuent à l'équivalent de respectivement 49% et 44% des dépenses globales du premier et du deuxième cycle du secondaire. En Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu'en Asie orientale et dans le Pacifique, la contribution des ménages à ces deux cycles du secondaire représente en moyenne 25% et 41%. Par contre, selon le Recueil, les familles des élèves d'Amérique du nord et d'Europe occidentale ne fournissent que 7% des dépenses totales de l'enseignement secondaire.

(Interview : Saïd Voffal, statisticien de l'éducation à l'Institut de statistique de l'UNESCO ; propos recueillis par Frédéric Choinière)

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13/12/2017
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