Emploi/OIT : vers une nouvelle récession mondiale

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Des manifestants du mouvement "Occupy Wall Street" à New York

Rapport sur le travail dans le monde 2011: L'OIT affirme que le monde se dirige vers une nouvelle et profonde récession de l'emploi et met en garde contre une recrudescence de l'agitation sociale.

Dans une analyse publiée à la veille du sommet des dirigeants du G-20 qui se tient à Cannes, France, le 3 et 4 novembre, l'Organisation internationale du travail (OIT) déclare que l'économie mondiale est sur le point d'entrer dans une nouvelle récession de l'emploi, plus profonde, qui va retarder d'autant la reprise économique mondiale et qui pourrait déclencher de nouveaux troubles sociaux dans un grand nombre de pays.

«Nous sommes parvenus à un moment de vérité. Il nous reste peu de temps pour agir et éviter une rechute dramatique en matière d'emploi», explique Raymond Torres, Directeur de l'Institut international d'études sociales de l'OIT à l'origine de ce rapport.

Le nouveau « Rapport sur le travail dans le monde 2011: des marchés au service de l'emploi » affirme que la reprise économique mondiale qui se fait attendre commence à affecter considérablement les marchés du travail. Au rythme actuel, dans les économies avancées, il faudra au moins cinq ans pour retrouver le niveau d'emploi qui prévalait avant la crise, soit un an plus tard que prévu dans le rapport de l'an dernier.

Relevant que le marché du travail actuel a déjà atteint la limite du décalage habituel de six mois qui sépare une récession économique de son impact sur l'emploi, le rapport précise que 80 millions d'emplois devront être créés ces deux prochaines années si l'on veut renouer avec les taux d'emploi d'avant la crise. Cependant, le ralentissement récent de la croissance fait craindre que l'économie mondiale ne puisse créer que la moitié des emplois nécessaires.

Le rapport présente aussi un nouvel index des « troubles sociaux » qui montre les niveaux de mécontentement lié au manque d'emplois et de colère engendrée par la perception d'un fardeau de la crise injustement réparti. Il note que, dans plus de 45 pays sur les 118 étudiés, le risque d'agitation sociale s'amplifie. C'est surtout le cas dans les économies avancées, en particulier dans l'UE, dans le monde arabe et, dans une moindre mesure, en Asie. En revanche, le risque de troubles sociaux est stable voire plus faible en Afrique subsaharienne et en Amérique latine.

L'étude montre que près des deux tiers des économies avancées et la moitié des économies émergentes et développées pour lesquelles nous disposons de données récentes connaissent à nouveau un ralentissement de l'emploi. Cela vient s'ajouter à une situation de l'emploi déjà bien précaire, caractérisée par un chômage mondial à son plus haut niveau jamais atteint, dépassant les 200 millions de sans-emploi dans le monde.

Le rapport cite trois raisons pour lesquelles le ralentissement économique en cours pourrait avoir des répercussions particulièrement graves sur la situation de l'emploi: premièrement, par rapport au début de la crise, les entreprises sont dorénavant en position de faiblesse pour conserver leur personnel; deuxièmement, alors que la pression augmente pour adopter des mesures d'austérité budgétaire, les gouvernements sont moins enclins à maintenir ou adopter de nouveaux programmes de soutien à l'emploi et au revenu; et, troisièmement, les pays sont livrés à eux-mêmes pour agir, faute d'une véritable coordination politique internationale.

(Extrait sonore : Raymond Torres, Directeur de l'Institut international d'études sociales de l'OIT)

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15/12/2017
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