Alimentation : protéger les pays pauvres contre la volatilité des prix des denrées

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Les programmes d'alimentation scolaire sont une façon de protéger les plus vulnérables contre les effets de la volatilité des prix des matières premières (Anthony Asael/Art in All of Us/Corbis)

La Journée mondiale de l'alimentation est célébrée le 16 octobre et s’intéresse cette année à l'impact de la fluctuation des prix des matières premières et des denrées sur la sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment développé un outil pour mesurer la vulnérabilité des pays en développement à la volatilité des prix et les aider à protéger leur population en temps de crise économique.

La volatilité des prix des matières premières agricoles est au cœur des préoccupations du FMI. Lors d'une conférence organisée le 21 septembre dernier à Washington, l'institution internationale en charge des questions monétaires et financières a convié les grands économistes du

développement, à l'instar des prix Nobel Joseph Stiglitz et George Akerlof, et des hommes politiques du monde entier à venir en débattre.

Les différents participants ont insisté sur le double effet dévastateur engendré par le niveau élevé des prix des matières premières agricoles d'une part et la volatilité accrue de ces derniers d'autre part. Toutefois, un autre effet dévastateur a été oublié : celui de prix trop bas qui détournent les agriculteurs de la production et les excluent de l'économie.

L'hypervolatilité des prix des matières premières agricoles a, en effet, été particulièrement forte au cours de la dernière décennie, avec des conséquences désastreuses pour l'économie et les populations pauvres des pays les moins développés.

La directrice du Fonds, Christine Lagarde, a proposé une série de mesures pouvant permettre à ces pays de renforcer leur résistance face aux chocs externes : limiter les déficits et consolider les réserves pendant les bonnes périodes ; étoffer les filets de sécurité pour les plus pauvres ; diversifier les productions et les partenaires commerciaux.

Le fait que le FMI se saisisse de cette question est symptomatique de la nature stratégique des marchés agricoles et de leurs liens de plus en plus étroits avec les sphères économique et financière. Du fait de l'accroissement du commerce agricole international, du rôle accru joué par les taux de change dans la détermination des termes de l'échange et de la financiarisation accrue des marchés de matières premières, les marchés financiers et agricoles sont désormais plus interconnectés que par le passé. L'intérêt du FMI sur les problématiques agricoles n'en est, dès lors, que plus légitime, et le Fonds a désormais un rôle à jouer dans la gouvernance agricole mondiale, au même titre que l'OMC pour les questions relatives au commerce, la Banque mondiale pour le développement, ou encore les agences onusiennes – FAO, PAM, PNUD – pour les enjeux de sécurité alimentaire.

Cette convergence d'acteurs aux compétences différentes mais complémentaires devrait susciter la création d'une plateforme de coopération et de décision, base d'une gouvernance agricole mondiale qui veillerait à la mise en place de conditions nécessaires à l'élimination durable et efficace de l'insécurité alimentaire.

(Extrait sonore : Dominique Desruelle, Directeur adjoint du Département de la stratégie, des politiques et de l'évaluation du FMI ; propos recueillis par Lika Gueye)

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19/10/2017
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