Vie d'apatride : le désir de s'enraciner

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Railya Abulkhanova, une apatride (Photo: UNHCR)

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé le 25 août dernier une campagne visant à promouvoir la lutte contre l'apatridie. On estime qu'il a y douze millions de personnes à travers le monde qui sont dépourvues de toute citoyenneté, aucun État ne les considérant comme ses ressortissants.

Si l'on commence à peine à comprendre l'ampleur du phénomène de l'apatridie, le HCR a constaté que la situation est particulièrement aigüe en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient, bien que ce fléau concerne le monde entier. Le HCR nous propose des témoignages d'apatrides, dont celui de Railya Abulkhanova, une jeune femme de 36 ans née au Kazakhstan sous l'Union soviétique.

Elle étudiait en Russie lors de la chute de l'Union soviétique, ce qui a créé un imbroglio juridique, puisqu'elle avait remis sa carte de résidente permanente au moment de quitter le Kazakhstan. Elle tenta ensuite d'être naturalisée en Ouzbékistan, où elle était professeure d'université, mais sans succès. En 2008, elle fit des démarches pour obtenir la citoyenneté russe, démarches auxquelles elle mit un terme après s'être installée à Lille avec son mari français. Elle y est toujours, dépourvue de toute citoyenneté.

Parce qu'elle est apatride, Railya explique qu'il lui est impossible de trouver du travail, en dépit de son doctorat, de son expérience d'enseignement et de sa maîtrise de six langues.

Dans une série de vidéos, le HCR présente ainsi le portrait d'apatrides vivant dans différents coins du monde. Selon António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, les apatrides « ont désespérément besoin d'aide car vivre dans un vide juridique relève du cauchemar ». « Cela en fait des populations parmi les plus exclues au monde. Au-delà des souffrances causées aux apatrides eux-mêmes, la marginalisation de groupes entiers à travers plusieurs générations crée de fortes tensions dans les sociétés où ils vivent et c'est parfois une source de conflit », a-t-il ajouté dans un message pour lancer la campagne relative au 50ème anniversaire de la Convention de 1961 pour la réduction des cas d'apatridie.

L'apatridie a de nombreuses causes, dont beaucoup découlent des normes juridiques, mais ses conséquences peuvent être dramatiques au niveau humain. Les apatrides ne sont techniquement citoyens d'aucun pays, ils se voient donc souvent refuser les droits fondamentaux et l'accès à l'emploi, au logement, à l'éducation et aux soins de santé. Parfois, ils ne peuvent pas posséder de biens, ni ouvrir un compte en banque, se marier ou enregistrer la naissance d'un enfant. Certains subissent de longues périodes de détention car ils sont dans l'impossibilité de prouver leur identité ou leur origine.

Dans les années 90, la désagrégation de l'Union soviétique, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie a rendu des centaines de milliers de personnes apatrides dans toute l'Europe de l'Est et l'Asie centrale, les groupes ethniques et sociaux marginalisés étant frappés le plus durement. Alors que la plupart des cas ont été résolus dans ces régions, des dizaines de milliers de personnes demeurent apatrides ou risquent de le devenir. Une conséquence malheureuse de l'apatridie amène cet état à se perpétuer. Dans la plupart des cas, si les parents sont apatrides, les enfants le sont également dès leur naissance. Par conséquent, une nouvelle génération se retrouve aux prises avec la pauvreté et l'exclusion qui vont de pair avec l'apatridie. Sans nationalité, il est extrêmement difficile pour les enfants de fréquenter l'école ou de bénéficier d'autres services essentiels.

« Il est déplorable que des millions de personnes vivent sans nationalité, un droit humain fondamental. L'envergure de ce problème et ses effets désastreux sur les personnes concernées passent presque inaperçues. Nous devons changer cela et les gouvernements doivent agir pour réduire le nombre des apatrides » a indiqué António Guterres.

(Extrait sonore : Railya Abulkhanova)

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08/12/2017
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