Syrie : Navi Pillay demande la fin de la répression

Navi Pillay, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme (UN-Photo/Jean-Marc Ferré)

« Des violations de droits de l'homme continuent à ce jour en Syrie » a déclaré lundi 22 août à Genève la Chef des droits de l'homme de l'ONU à l'ouverture d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Selon Navi Pillay, il existe des indications selon lesquelles ces violations systématiques se poursuivent à ce jour. Des atrocités dont l'étendue et la nature peuvent relever de crimes contre l'humanité. La Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme demande donc à Damas de mettre fin immédiatement à la répression.

Devant le Conseil des droits de l'homme, Navi Pillay a dressé un inventaire des atrocités commises par les forces de sécurité syriennes pouvant relever de crimes contre l'humanité. À ce jour, plus de 2 000 personnes ont été tuées depuis le début de la répression à la mi-mars, dont 350 tuées depuis le début du ramadan. Les forces militaires et de sécurité continuent d'user d'une force excessive, y compris le recours à l'artillerie lourde, pour maîtriser les manifestations et reprendre le contrôle de plusieurs villes, dont Hama, Homs, Lattaquié et Deir al-Zour.

À Lattaquié, la semaine dernière, le bombardement à l'arme lourde du camp de réfugiés palestiniens d'al-Ramel a entraîné la mort d'au moins quatre personnes et la fuite de quelque 7 500 personnes. Dans ce contexte, il importe de traduire en justice les auteurs de crimes contre l'humanité. La mission du Haut Commissariat a établi que de tels crimes ont été commis en Syrie. C'est pourquoi le Haut Commissariat a appelé le Conseil de sécurité à transmettre le dossier syrien à la Cour pénale internationale, a conclu la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme.

Dans ses communications avec le Haut Commissariat, les autorités de la Syrie réfutent toutes les allégations de violations des droits de l'homme. Si elles reconnaissent la mort de 1 900 personnes depuis la mi-mars, elles déclarent que la majorité de ces victimes étaient des éléments des forces de sécurité tués par des « bandes armées » ou que les manifestations sont organisées en sous-main par des « terroristes » et des « extrémistes ». Or, les récits des victimes et des témoins indiquent que les personnes visées l'ont été pour avoir exercé leurs droits légitimes de réunion et d'expression, et non pour des faits de terrorisme.

Le Gouvernement de la Syrie a aussi informé le Haut Commissariat de réformes qu'il a adoptées : levée de la législation d'exception, abolition de la Cour suprême de sûreté de l'État, amnistie de plusieurs milliers de détenus, autorisation des manifestations pacifiques et des partis politiques, adoption de nouvelles lois électorales et sur l'information. Toutefois, ces décisions ont été suivies de nouveaux actes de violence, arrestations, tortures et autres abus. « Le bain de sang dont ont été témoins, ces trois dernières semaines, les villes de Hama et Lattaquié notamment, ruinent la crédibilité de ces initiatives de réforme », souligne Navi Pillay.

Dans ces conditions, la Chef des droits de l'homme a appelé les autorités syriennes à cesser immédiatement et complètement la répression des manifestations pacifiques et à libérer sans délai ni condition toutes les personnes détenues pour y avoir participé. Le Gouvernement doit en outre assurer le retour sûr et volontaire des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays. Navi Pillay s'est félicitée de la conduite de la première mission d'évaluation humanitaire en Syrie, le 20 août dernier, et a appelé les autorités à ouvrir le pays aux travailleurs humanitaires internationaux. En outre, les autorités doivent autoriser la réalisation d'enquêtes approfondies sur les violations des droits de l'homme.

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU doit se prononcer sur un projet de résolution appelant les autorités de Damas à cesser immédiatement tous les actes de violence contre la population, mais aussi l'envoi d'une commission d'enquête indépendante en Syrie. Au cours d'une session spéciale le 29 avril dernier, le Conseil des droits de l'homme avait déjà condamné la Syrie pour avoir ouvert le feu sur des manifestants pacifiques et demandé en vain de pouvoir enquêter dans le pays.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo, avec un extrait sonore de Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme)

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19/10/2017
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