Kordofan : l'ONU réclame une enquête sur des crimes de guerre présumés

Un camp de déplacés près de Kadugli, dans le Kordofan du Sud au Soudan_UNPhoto-Paul Banks

Le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a réclamé une enquête approfondie sur les violations du droit international et du droit humanitaire international qui auraient eu lieu en juin dans l'Etat du Kordofan méridional, au Soudan, et qui sont décrites dans un rapport préliminaire publié lundi.

Le rapport du HCDH couvre la période du 5 au 30 juin 2011 et décrit les évènements qui se sont déroulés autour de la ville de Kadugli et des montagnes de Nuba dans le contexte de combats opposants les Forces armées soudanaises (FAS) et l'Armée populaire de libération du Soudan-Nord (SPLA-N). Si les allégations avancées dans le rapport sont corroborées, elles pourraient constituer des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre, souligne le HCDH.

Le rapport fait état « d'exécutions sommaires, d'arrestations arbitraires, d'arrestations et de détentions illégales, d'enlèvements, d'attaques contre les civils, de pillages et de destructions de maisons ». Il décrit également des bombardements aériens de zones habitées par des civils à Kadugli et ailleurs au Kordofan méridional et de pistes d'atterrissage utilisées par des organisations humanitaires.

Des milices alliées aux FAS auraient, selon le rapport du HCDH, brûlé des églises, incendié des maisons, empêché le travail d'assistance médicale ou humanitaire. De plus des témoignages ont été recueillis sur l'existence de plusieurs charniers dans et autour de Kadugli. La majorité des accusations du rapport pèsent sur les FAS, la police et leurs milices alliées, même si des violations auraient également été commises par l'autre côté.

« Il s'agit d'un rapport préliminaire élaboré dans des conditions très difficiles avec un accès très restreint aux zones touchées. Toutefois, les crimes qui auraient eu lieu au Kordofan méridional sont tellement graves qu'il est nécessaire de faire une enquête indépendante, objective et approfondie pour pouvoir trouver les coupables et les tenir responsables de leurs actes », a dit la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, qui a aussi exprimé son inquiétude sur la poursuite de la violence qui affecte la région.

Le rapport reproche aux forces armées et aux forces de police fidèles à Khartoum de ne pas avoir respecté le statut de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), dont le personnel a été victime de harcèlements et de violences. Un employé d'un sous-traitant de la MINUS a été tué et l'aviation soudanaise a effectué des bombardements à proximité des positions de la MINUS.

« Ces violations flagrantes des conventions internationales et des accords qui ont été conclus directement avec le gouvernement soudanais sur les privilèges et les immunités en vertu desquels opèrent les Nations Unies sont extrêmement graves. Ces violations ne peuvent pas rester impunies. J'exhorte le gouvernement du Soudan à libérer immédiatement les membres du personnel de l'ONU qui sont toujours en captivité ainsi que tous ceux qui sont détenus sans avoir commis de crimes », a dit Mme Pillay.

La Haut Commissaire adjointe aux droits de l'homme, Kyung-wha Kang, a effectué une visite d'une semaine au Soudan pendant le mois de juin, au cours de laquelle elle a pu se rendre dans les Zones de transition (Abyei, Turalei), au Darfour et au Soudan du Sud, mais elle n'a pas obtenu l'autorisation de se rendre au Kordofan méridional.

(Mise en perspective : Jérôme Longué, avec des extraits sonores de l'interview de Scott Campbell, Chef de la Division Afrique au Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
18/10/2017
Loading the player ...