Gestion des ressources naturelles : l’exemple prometteur du Ghana

Région de la Volta au Ghana

Selon le Fonds monétaire international (FMI), certains pays souffrent de la « malédiction des ressources naturelles » puisqu'ils ne parviennent pas à la prospérité, en dépit des richesses présentes sur leur territoire. Mais certains experts, comme Jeffrey Frankel, Professeur d'économie à l'Université de Harvard, voient plutôt ces ressources comme une épée à double tranchant, qui peuvent, lorsque elles sont bien gérées, être bénéfiques au développement économique d'un pays.

La condition déterminante et primordiale d'une croissance basée sur les ressources naturelle est, selon Jeffrey Frankel, « la présence d'institutions fortes qui, non seulement veillent à la bonne gestion de cette richesse, mais restent en place quel que soit le gouvernement au pouvoir ». Des institutions qui durent dans le temps aident les populations à agir avec discernement dans la gestion des ressources.

De plus, explique le professeur de Harvard, de fortes institutions permettent aux gouvernements de résister à la tentation politique de dépenser en période faste pour au contraire épargner et répartir la richesse dans le temps. Une telle pratique rend également l'économie nationale plus résiliente aux fluctuations des prix et à l'inflation de la monnaie, deux dangers qui guettent souvent les pays dont l'économie est basée sur l'exploitation d'une ou de quelques ressources naturelles seulement.

Pour Roger Nord, Conseiller principal au Département Afrique du FMI, le Ghana est un exemple prometteur. Il s'agit d'un pays riche en or, matériau précieux qui représentait 34% des exportations du pays et 12% du PIB pour les années 2000-2003. Le territoire du pays offre également diamants, bauxite et manganèse, ainsi que du pétrole, découvert en 2007.

Dès leur découverte, les gisements pétroliers ont été encadrés par la loi sur la gestion des recettes pétrolières, qui exige qu'un tiers des recettes de l'or noir aillent dans un fonds d'épargne qui servira à couvrir certaines dépenses du pays une fois que l'exploitation aura diminué ou cessé. De telles mesures augmentent la transparence dans la gestion des ressources et ont pour effet d'instaurer un climat de confiance, tant au pays qu'à l'étranger, explique Roger Nord.

La communauté internationale a elle aussi un rôle à jouer pour soutenir et valider les programmes mis en place par des pays pour assurer la bonne gestion de leurs ressources naturelles.

Un exemple est l'Initiative de transparence des industries extractives (HYPERLIEN : http://eiti.org/fr/litie), qui a vu le jour en 2003 et regroupe maintenant 35 pays, dont le Ghana. L'Initiative établit une norme internationale permettant aux entreprises de publier combien elles paient et aux gouvernements de divulguer leurs revenus. En faisant le suivi de la richesse générée par l'exploitation des ressources naturelles, ceci contribue à garantir que les gouvernements perçoivent les recettes correspondantes à l'exploitation.

Si les ressources naturelles ne sont pas un gage de prospérité pour les pays, elles ne constituent pas nécessairement une malédiction. Lorsque soumises à une gestion rigoureuse sous la gouverne de bonnes institutions, les ressources naturelles peuvent financer la croissance économique et réduire la pauvreté au niveau des pays.

(Interview : Jeffrey Frankel, Professeur d'économie à l'Université de Harvard, et Roger Nord, Conseiller principal au Département Afrique du FMI ; propos recueillis par Lika Gueye, relations extérieures du FMI)

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08/12/2017
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