FMI : la malédiction des ressources naturelles

Selon le Fonds monétaire international (FMI), les pays qui sont riches en ressources naturelles ne voient pas toujours leur développement économique encouragé. Au contraire, plusieurs de ces pays ont une croissance plus lente que les pays avec peu de ressources et souffrent, paradoxalement, de ce qu'on appelle la « malédiction des ressources naturelles ».

Les sources de ce phénomène sont multiples. Selon Jeffrey Frankel, Professeur d'économie à l'Université de Harvard, les conflits peuvent avoir un effet pervers sur le développement économique, quand différentes factions de la population se battent pour avoir le contrôle des ressources naturelles. Les individus qui accèdent ensuite au pouvoir gardent leur mainmise sur les ressources puisqu'elles leur permettent de se financer, au lieu des les utiliser dans un objectif de développement national. Il n'y a pour eux aucun incitatif à élargir l'assiette fiscale, décentraliser la prise de décision, favoriser la primauté du droit ou veiller aux conditions propices au développement.

« En revanche, dans un pays ou une région dépourvue de ces ressources naturelles, la seule façon pour l'Etat de se financer consiste à créer les conditions qui permettront au secteur privé de dynamiser l'économie, puis de prélever des impôts, dans l'idéal pas trop élevés. Or, ce sont là les conditions qui mènent à l'industrialisation » ajoute le Jeffrey Frankel.

En outre, une mauvaise gestion des ressources naturelles peut provoquer chez ces pays le « syndrome hollandais », c’est-à-dire une concentration des moyens de production autour de l'exploitation d'une seule ressource naturelle au détriment d'une industrialisation plus complète. Leslie Lipschitz, Directeur de l'Institut du FMI, explique que ceci entraîne souvent un effet d'inflation, qui fait augmenter la valeur de la devise nationale et, ironiquement, rend la ressource naturelle convoitée moins facilement exportable. Aussi, une économie centrée sur l'exploitation d'une seule ressource, par exemple le pétrole ou un minerai, est-elle beaucoup plus sensible aux aléas des marchés. Les effets des variations économiques mondiales seront ainsi amplifiés dans le pays.

(Interview : Jeffrey Frankel, Professeur d'économie à l'Université de Harvard, et Leslie Lipschitz, Directeur de l'Institut du FMI ; propos recueillis par Lika Gueye, relations extérieures du FMI)

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15/12/2017
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